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d'histoire des Juifs |
Henrich Graëtz - Le conflit avec l'exilarque
La personnalité de Saadia rendit un éclat momentané à l’école de Sura. Sentant la gravité des obligations qui lui incombaient, le nouveau gaon se mit au travail avec ardeur. Il essaya de combler les lacunes qui s’étaient produites dans le Collège et confia les diverses fonctions académiques à des personnes méritantes, quoique jeunes. Mais il dut bientôt reconnaître que l’ancienne splendeur de Sura avait bien pâli, que les titres emphatiques et les qualifications pompeuses des divers fonctionnaires cachaient le vide et le néant, et que toutes ces vénérables antiquités étaient condamnées à une disparition prochaine. Sans autorité dans les communautés, l’exilarcat, au lieu de chercher un point d’appui dans son accord avec les académies, était en conflit perpétuel avec elles. A la cour, il n’avait d’influence qu’en l’achetant à deniers comptants et il n’obtenait du peuple que par des exactions les sommes considérables qui lui étaient nécessaires pour payer favoris et courtisans. Les collèges académiques, de leur côté, pressuraient les communautés pour en tirer les ressources dont ils avaient besoin. Partout régnaient l’arbitraire et la violence. Ainsi, l’exilarque David excommunia les Juifs de Fars (Ramadan ?), parce qu’ils avaient refusé de contribuer à une collecte faite par son fils, et il en informa le calife, qui leur infligea une forte amende. Les gaonim n’avaient pas un mot de blâme pour de tels faits ! Saadia lui-même, si honnête et si courageux, était obligé de se taire, car son élection était encore de date trop récente. Du reste, sa renommée lui avait créé des ennemis, qui épiaient ses actes et ses paroles pour les tourner contre lui. D’une part, il avait pour adversaire Kohen-Cédék, le gaon de Pumbadita, affligé que son collègue de Sura le mît complètement dans l’ombre, et, d’autre part, il avait excité la haine d’Aaron (Kalb) ibn Sardjadou, de Bagdad, homme encore jeune, savant, riche et très influent. Comme il se sentait surveillé par des personnes malveillantes et que sa situation n’était pas encore très solide, il garda d’abord le silence sur les faits répréhensibles qu’il voyait commettre. Mais l’indignation l’emportant un jour sur la prudence, il s’éleva énergiquement contre la conduite coupable de ceux qui avaient la charge de représenter le judaïsme dans la Babylonie. Voici le fait qui provoqua la protestation de Saadia. Dans un procès relatif à un héritage important, l’exilarque David, influencé par la promesse de recevoir un riche présent, avait rendu un jugement qui ne paraissait pas équitable. Pour rendre la sentence exécutoire, il demanda aux deux gaonim d’y apposer leur signature. Kohen-Cédék y consentit, mais Saadia s’y refusa, et, sur les instances des deux parties, il fit connaître les motifs de son refus. L’exilarque lui enjoignit, par l’intermédiaire de son fils Juda, de signer l’arrêt sans retard. Saadia répliqua que, dans les questions de droit, la loi prescrivait de n’avoir d’égards ni pour les grands ni pour les petits, et, malgré l’insistance de Juda et ses menaces de destitution, il persista dans son refus. Irrité de cette résistance, Juda leva la main sur Saadia et, d’un ton violent, lui ordonna encore une fois de signer. Les gens du gaon le mirent à la porte. Se considérant alors comme outragé, David révoqua le gaon, l’excommunia et nomma à sa place un homme encore très jeune, Joseph ben Jacob ben Satia. Loin de se laisser intimider, Saadia destitua à son tour l’exilarque David et, d’accord avec ses partisans, il le remplaça par son frère Josia Hassan (930). Il se forma alors deux partis, celui de Saadia et celui de David. Le gaon était soutenu par tous les membres du Collège de Sura et par de nombreux savants de Bagdad, il avait contre lui Aaron ibn Sardjadou et probablement Kohen-Cédék avec le Collège de Pumbadita. Les deux adversaires en appelèrent au calife Almouktadir et achetèrent à prix d’argent les bonnes grâces de ses favoris. Sur l’ordre du calife, le vizir Ali ibn Isa, assisté de plusieurs hauts dignitaires, fit comparaître les deux partis devant lui. Il n’intervint aucune décision sous Almouktadir, sans doute à cause du grand nombre de vizirs qui se succédèrent dans les deux dernières années du règne de ce calife et à cause des troubles qui se produisirent fréquemment pendant cette période (930-932). Saadia et Joseph ben Satia continuèrent à remplir tous les deux les fonctions de gaon de Sura, et David ainsi que son frère Josia Hassan restèrent tous les deux exilarques. Ce ne fut qu’après la mort d’Almouktadir, tué dans une émeute (octobre 932), et à l’avènement de son successeur, le calife Kahir, que la cause fut définitivement jugée. Kahir était extrêmement pauvre, son trésor était à sec et il avait un besoin pressant d’argent. Comme les partisans de David disposaient de ressources plus considérables que ceux de Saadia, ce fut l’exilarque qui triompha. Kahir défendit à Saadia de conserver les fonctions de gaon et peut-être même de continuer à séjourner à Sura (933). L’anti-exilarque Hassan fut exilé à Khorassan, où il mourut. Saadia vécut pendant quatre ans (933-937) très retiré à Bagdad. Quoique sa santé et son caractère se fussent altérés à la suite des déboires qu’il avait subis, son esprit avait conservé toute sa puissance, et c’est dans sa retraite, à Bagdad, qu’il composa ses oeuvres les plus importantes et les plus originales. Il écrivit des travaux talmudiques et des prières rimées et non rimées empreintes d’une ardente piété, réunit les prières de la Synagogue dans un ordre régulier (Siddour), publia les règles du calendrier (Ibbour), soutint des discussions avec le massorète Aaron ben Ascher, de Tibériade, et se montra, en général, dans cette période, un écrivain actif et fécond.(…) Pendant que Saadia, banni et excommunié, composait son important et remarquable ouvrage philosophique, les circonstances étaient devenues plus favorables pour lui. Au cruel et cupide calife Kahir avait succédé un souverain honnête et juste, Alradhi, dont le vizir, Ali ibn Isa, estimait beaucoup Saadia. Le gaon Kohen-Cédék était mort en 936 et avait été remplacé par un homme paisible, Cémah ben Kafnaï. L’exilarque David n’avait donc plus qu’un seul partisan sérieux, Aaron ibn Sardjadou. La réputation de Saadia avait, au contraire, tellement grandi que dans un nouveau procès qui venait d’éclater une des parties avait chargé le gaon exilé de la représenter contre l’exilarque David, défenseur de l’autre partie. Irrité de ce choix, qu’il considérait comme une injure personnelle, l’exilarque fit maltraiter celui qui avait fait appel à l’honnêteté et au talent de Saadia. Cet acte de violence produisit une vive émotion, on se convainquit de la nécessité de tenter un rapprochement entre le gaon et l’exilarque, et, pour réussir dans cette tentative, on invoqua l’intervention d’une personne influente de Bagdad, Kasser ben Aaron, beau-père d’ibn Sardjadou. Kasser accepta la mission de paix qu’on lui confiait et parvint tout d’abord à réconcilier son gendre avec Saadia. Après bien des pourparlers, l’exilarque consentit enfin, à son tour, à faire la paix. Une fois ce résultat obtenu, Kasser demanda à Saadia d’oublier également et de pardonner. Le gaon accéda avec empressement à cette proposition. Quand Saadia et David se rencontrèrent, en présence d’une foule sympathique, dans la maison où devait avoir lieu la réconciliation définitive, ils s’embrassèrent cordialement et se promirent de vivre dorénavant en amis. Saadia resta pendant plusieurs jours l’hôte fêté de l’exilarque et fut rétabli avec des honneurs particuliers dans ses fonctions de gaon. Henri Graëtz – Histoire des Juifs TROISIÈME PÉRIODE — LA DISPERSION Deuxième époque — La science et la poésie juive à leur apogée Chapitre premier — Saadia, Hasdaï et leurs contemporains — (928-970) Date de création : 21/11/2007 - 04:50 Utilisez la librairie
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