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d'histoire des Juifs |
Henrich Graëtz - Croyances et opinions
Ses écrits les plus remarquables sont les deux ouvrages dans lesquels il a exposé ses idées philosophiques : son commentaire sur le Livre de la Création (Séfér Yecira) et son Traité des Croyances et des Opinions, tous deux en arabe. Ni les caraïtes ni les Arabes ne possédaient encore à cette époque un système complet de philosophie religieuse. Saadia fut le premier à créer un pareil système; il emprunta à l’école arabe des mutazilites sa méthode et quelques-unes des questions philosophiques qu’il traita -dans ses ouvrages. Quelques années auparavant, Saadia avait eu la singulière idée de publier un parallèle entre les dix commandements et les dix catégories d’Aristote. En publiant (en 934) le Traité des Croyances et des Opinions, Saadia avait pour but de combattre et de rectifier les erreurs qui avaient cours sur le judaïsme parmi les incrédules et les sceptiques, et aussi dans la foule croyante mais ignorante, qui considérait comme hérétiques ceux qui se permettaient de raisonner sur les questions religieuses. Je suis vivement peiné, dit Saadia dans son introduction, qu’il existe des êtres intelligents, même parmi mon peuple, qui ont une foi imparfaite et des idées religieuses absolument fausses. Les uns nient des vérités claires comme le soleil et se vantent d’être incrédules, d’autres sont plongés dans l’abîme du doute, ils sont submergés sous des flots d’erreurs, et le plus courageux nageur n’ose pas les en tirer. Étant, par la grâce de Dieu, en état de leur être utile, je considère comme un devoir de les remettre par mon enseignement dans le droit chemin... A ceux qui déclarent que la spéculation philosophique conduit à la négation et à l’incrédulité, je répondrai que pareille crainte ne peut exister que chez la foule ignorante, chez ceux, par exemple, qui croient dans notre pays que quiconque se rend aux Indes est sûr de s’enrichir, ou chez ceux qui admettent que quelque monstre semblable à un dragon avale la lune et produit ainsi l’éclipse, ou qui croient à d’autres absurdités de ce genre. On objectera peut-être que les plus éminents d’entre les docteurs juifs ont défendu de rechercher l’origine du temps et de l’espace, comme il est dit dans le Talmud (Haguiga, 11) : Celui qui se préoccupe de ce qui est en bas et en haut, de ce qui a été avant et sera après, n’est pas digne de vivre. Je répliquerai à ces adversaires de la philosophie qu’il n’est pas possible que le Talmud ait défendu la spéculation sérieuse, puisque notre Créateur nous l’a, au contraire, prescrite... Les Talmudistes nous défendent seulement de dédaigner complètement les livres des prophètes et d’accepter ce que la raison suggère à chacun de nous sur l’espace et le temps, parce que nous pourrions être conduits tantôt à la vérité, tantôt à l’erreur... Même dans les cas où nous atteindrions la vérité, cette vérité ne serait pas établie sur des bases solides, parce qu’elle ne serait pas confirmée par la Révélation. Mais si la philosophie est guidée par la foi, elle ne s’égarera pas, elle confirmera au contraire les vérités de la Révélation et pourra réfuter les objections faites par les incrédules contre la Révélation. On peut considérer comme acquise a priori la vérité du judaïsme révélé, puisqu’elle a été affirmée par des miracles... Mais, pourrait-on objecter, si la spéculation philosophique apporte à l’esprit la même conviction que la Révélation, celle-ci a été inutile puisque la raison humaine est capable de trouver la vérité sans l’intervention divine. A cet argument je réponds que la Révélation a été nécessaire, parce que l’esprit humain livré à ses seules facultés n’aurait découvert la vérité qu’après de longs tâtonnements, il aurait été assailli de mille doutes, et mille accidents l’auraient fait dévier du droit chemin. Dieu nous a épargné toutes ces difficultés et nous a envoyé ses messagers, qui nous ont parlé en son nom et ont confirmé leurs paroles par des miracles. Cette argumentation en faveur de la Révélation était devenue nécessaire à l’époque de Saadia. Car, par suite de l’influence de l’école philosophique des mutazilites, l’incrédulité religieuse avait fait dans le khalifat d’Orient de tels progrès qu’un poète arabe, Abou-l-Ala, contemporain de Saadia, pouvait dire : Musulmans, juifs, chrétiens et mages, tous marchent dans l’erreur et les ténèbres ; il n’y a plus dans le monde que deux espèces d’hommes, les uns sont intelligents mais incrédules, les autres ont la foi mais manquent d’intelligence. Le judaïsme n’avait point échappé aux attaques des sceptiques. On avait commencé par dénier toute autorité aux décisions des gaonim et des docteurs du Talmud, puis peu à peu on avait mis en doute le caractère sacré de la Bible et le fait même de la Révélation. Le principal représentant du scepticisme juif de cette époque était le rabbanite Hivi Albalchi, de la ville de Balch, dans l’ancienne Bactriane. Dans un de ses ouvrages, il s’attaqua à la Bible et fit deux cents objections contre la possibilité d’une Révélation divine. Malgré leur hardiesse, les opinions de Hivi trouvèrent des partisans, même de son temps, et furent enseignées dans certaines écoles juives. Saadia, qui avait déjà écrit en Égypte contre Hivi, s’efforça particulièrement dans son Traité des Croyances et des Opinions de prouver l’inanité des objections de son adversaire contre la Révélation, en même temps qu’il réfutait les arguments invoqués contre le judaïsme par les chrétiens et les musulmans. Henri Graëtz – Histoire des Juifs TROISIÈME PÉRIODE — LA DISPERSION Deuxième époque — La science et la poésie juive à leur apogée Chapitre premier — Saadia, Hasdaï et leurs contemporains — (928-970) Date de création : 21/11/2007 - 04:50 Utilisez la librairie
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