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d'histoire des Juifs |
Henrich Graëtz - La fin de la vie de Saadia
A la suite de cette réintégration, l’académie de Sura reconquit son éclat et sa supériorité sur sa rivale de Pumbadita. On la consulta des pays les plus éloignés sur des points de casuistique, et Saadia, malgré son déplorable état de santé, répondit à toutes les questions qui lui étaient soumises. La plupart de ses réponses, qui sont très nombreuses et datent en grande partie de la dernière année de son gaonat, sont écrites en arabe ; quelques-unes seulement sont rédigées en hébreu. Après la mort de David (vers 940), Saadia fit preuve d’une grande générosité d’âme. Oubliant l’iniquité dont il avait été victime, il chercha et réussit à faire élever Juda, le fils de son ancien adversaire, à la dignité d’exilarque. Juda ne conserva ses fonctions que pendant sept mois ; il mourut, laissant un enfant de douze ans. Saadia recueillit l’orphelin dans sa maison et l’éleva avec soin, pour qu’il pût succéder un jour à son père. Il nomma provisoirement comme exilarque un parent de l’orphelin, un membre de la famille des Benè-Haiman, résidant à Nisibis. A peine installé, le nouveau Rèsch Galutha fut accusé, par des musulmans d’avoir outragé Mahomet, et il fut tué. Quand le fils de Juda eut atteint l’âge d’homme, on l’investit de la dignité d’exilarque. Résolus, dans leur fanatisme, à ne pas tolérer que les Juifs eussent plus longtemps à leur tête un prince de leur religion, des musulmans, nobles et gens du peuple, formèrent un complot contre la vie de l’exilarque. En vain le calife chercha à entraver l’exécution de ce projet. Le crime fut accompli. Pour ne pas mettre de nouvelles existences en danger, les représentants du judaïsme décidèrent de ne plus nommer d’exilarque. C’est ainsi que disparut l’exilarcat après une durée de sept siècles. Il succomba sous les coups du fanatisme musulman comme le patriarcat avait succombé auparavant en Judée sous les attaques de l’intolérance chrétienne. L’unité du judaïsme babylonien n’était plus représentée que par les académies de Sura et de Pumbadita ; mais celles-ci aussi étaient près de leur fin. La mort de Saadia (942) amena la décadence irrémédiable de l’école de Sura. Quoique Saadia eût laissé un fils, Dossa, qui était versé dans le Talmud et la philosophie, on lui donna comme successeur son ancien rival, Joseph ben Satia. Sous ce gaon, l’académie de Sura perdit la prépondérance que Saadia lai avait assurée sur l’école de Pumbadita. Celle-ci était alors dirigée par Ibn Sardjadou, homme fort riche, établi pendant longtemps comme commerçant à Bagdad, et qui avait été élevé au plus haut grade de la hiérarchie académique sans avoir eu à franchir les échelons inférieurs et sans jamais avoir été membre du Collège. Il possédait quelques connaissances philosophiques et avait publié un ouvrage sur la philosophie et un commentaire sur le Pentateuque.(…) Pendant les dix-huit années qu’Ibn Sardjadou resta en fonctions (943-960), il travailla de tout son pouvoir, à l’exemple de son prédécesseur Kohen-Cédék, à étendre l’influence et l’autorité de son école. De toutes parts on lui adressait des questions rituéliques. L’académie de Sura, au contraire, déclinait de plus en plus; elle ne recevait plus de subsides du dehors et, par conséquent, ne pouvait plus entretenir d’élèves. Sa décadence devint telle que son chef, Joseph ibn Satia, l’abandonna lui-même pour se rendre (vers 948) à BasSura. Quand l’école de Sura fut fermée, Aaron ibn Sardjadou se flattait que l’école de Pumbadita resterait seule le centre de la civilisation juive; mais ses prévisions furent trompées. Il n’assista cependant pas à la ruine de ses espérances. Ce fut seulement après sa mort que des rivalités éclatèrent à Pumbadita et amenèrent la décadence de l’académie. A force d’intrigues, Néhémia, le fils de Kohen-Cédék, était parvenu à recueillir la succession d’Ibn Sardjadou, mais il avait contre lui tout le Collège, alors présidé par un homme de haute noblesse, Scherira ben Hanania. Soutenu seulement par quelques riches personnages, il put quand même rester dans ses fonctions pendant huit ans (960-968), mais ne fut jamais reconnu comme gaon par ses adversaires. Henri Graëtz – Histoire des Juifs TROISIÈME PÉRIODE — LA DISPERSION Deuxième époque — La science et la poésie juive à leur apogée Chapitre premier — Saadia, Hasdaï et leurs contemporains — (928-970) Date de création : 21/11/2007 - 04:51 Utilisez la librairie
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