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d'histoire des Juifs |
Henrich Graëtz - Les caraïtes après Saadia
Encouragés par la disparition de l’école de Sura et surtout par la mort de Saadia, leur plus redoutable adversaire, les caraïtes attaquèrent de nouveau les rabbanites avec une grande violence. On aurait dit qu’il s’agissait pour eux de donner le coup de grâce au rabbanisme. Salmon ben Yeruham, si vivement combattu par Saadia, arriva en toute hâte de Palestine en Babylonie pour accuser son ancien adversaire, dont la mort le garantissait contre toute nouvelle riposte, de n’avoir su défendre le Talmud qu’en l’interprétant faussement. A côté de lui, luttait avec vaillance et passion un jeune caraïte de Jérusalem, Aboulsari Sahal ben Maçliah Kohen, homme austère et fanatique, qui comprenait l’arabe, écrivait l’hébreu avec une grande élégance et passait aux yeux de ses coreligionnaires pour un savant remarquable.Comme si c’était une question d’honneur pour les caraïtes de réfuter les arguments de Saadia, Sahal, après bien d’autres écrivains, commença par répondre aux attaques que le gaon avait dirigées contre le caraïsme. Mais il ne s’en tint pas là. Il organisa des conférences publiques, probablement à Bagdad, pour démontrer les erreurs des rabbanites, il y adjurait les assistants, par leur salut, de rejeter tout ce qui est tradition et de refuser toute obéissance aux lois établies par les académies de Sura et de Pumbadita, personnifiées par les deux femmes coupables dont parle le prophète Zacharie, et qui ont transporté le péché en Babylonie. Ces attaques ne restèrent naturellement pas sans réponse. Un rabbanite influent semble avoir fait appel au pouvoir séculier pour mettre fin à la propagande caraïte. Un autre rabbanite. Jacob ben Samuel, disciple de Saadia, emprunta à Sahal ses propres armes pour le combattre, il parla contre le caraïsme dans les rues et sur les places publiques. La réplique passionnée de Sahal aux attaques de Jacob, rédigée dans un excellent hébreu, donne des renseignements intéressants sur la situation du caraïsme et du rabbanisme de ce temps. Après avoir raillé en vers élégants le mauvais style hébreu de son adversaire et accusé les rabbanites d’avoir dénaturé le judaïsme, Sahal continue en ces termes : Je suis venu de Jérusalem pour avertir le peuple et le remettre dans le droit chemin. Que n’ai-je la force d’aller de ville en ville pour réveiller le peuple de Dieu ! Tu crois que j’ai été attiré en Babylonie par l’espoir d’un bénéfice, comme tant d’autres qui écorchent les pauvres jusqu’à l’os. Je me suis rendu ici au nom de Dieu... Pouvais-je m’abstenir de faire ce voyage quand je me sentais profondément ému devant l’impiété de mes frères et concitoyens, quand je les voyais suivre une mauvaise route, imposer un joug pesant aux ignorants, opprimer et rançonner les faibles, établir leur autorité par l’excommunication et la persécution, faire appel au bras séculier des musulmans, contraindre les pauvres à emprunter de l’argent à intérêts pour s’enrichir et pouvoir acheter l’appui des fonctionnaires ! Comment me taire quand je vois les chefs des communautés manger sans scrupule avec des non juifs, quand je m’aperçois que des membres de mon peuple adoptent des pratiques païennes, s’assoient sur des tombes, séjournent avec les morts et adressent avec ferveur cette invocation à José le Galiléen : Puisses-tu me guérir ! Puisses-tu me donner des enfants ! Pour obtenir la guérison, ils se rendent en pèlerinage auprès des tombeaux d’hommes pieux, font des illuminations ou brillent de l’encens en leur honneur... Enfants d’Israël, ayez pitié de votre âme, choisissez le bon chemin ! N’objectez pas que les docteurs caraïtes aussi sont en désaccord entre eux sur ce qui constitue véritablement la religion et qu’ainsi vous ne pouvez pas savoir où trouver la vérité. Sachez que les caraïtes ne veulent exercer aucune autorité sur vous, ils vous conseillent seulement d’examiner et de raisonner par vous-mêmes. Outre la polémique vigoureuse de Sahal, Jacob ben Samuel eut encore à repousser les attaques d’un autre caraïte, Yephet ibn Ali Hallévi (Abou Ali Hassan), de BasSura (950-990). Malgré ses oeuvres grammaticales et ses commentaires bibliques, malgré la grande autorité dont il jouissait parmi les caraïtes, Yephet n’est pas un écrivain sérieux. Comme tous ses coreligionnaires, il est prolixe, amphigourique et superficiel. On remarque bien vite, dans les écrits des caraïtes, qu’ils ne sont pas habitués, comme les rabbanites, à la dialectique pénétrante du Talmud ; ils manquent de précision et de profondeur. A cette époque, ces défauts étaient encore plus frappants chez les caraïtes, esclaves de la lettre et sans aucune envolée vers la spéculation élevée. Ainsi Salmon ben Yeruham, qui écrivaillait jusqu’à un âge avancé (au moins jusqu’en 957), publiant des commentaires sur le Pentateuque et les Hagiographes et d’autres travaux restés inconnus, était ennemi déclaré de toute recherche philosophique. Malheur, dit-il dans son commentaire sur les Psaumes, trois fois malheur sur ceux qui délaissent la Bible pour d’autres études, consacrent inutilement leur temps à des sciences étrangères et tournent le dos à la vérité divine ! Vaine et stérile est la philosophie ! Ou ne trouve pas deux philosophes qui soient d’accord sur un point quelconque. Il se rencontre aussi des Juifs qui étudient la littérature arabe et sont ainsi amenés à négliger la Loi de Dieu. Quel contraste entre Saadia et son adversaire ! Le gaon aimait la philosophie et savait l’utiliser au profit du judaïsme, Salmon ben Yeruham l’anathémisait sans la connaître et voulait s’en tenir à un judaïsme pétrifié. Henri Graëtz – Histoire des Juifs TROISIÈME PÉRIODE — LA DISPERSION Deuxième époque — La science et la poésie juive à leur apogée Chapitre premier — Saadia, Hasdaï et leurs contemporains — (928-970) Date de création : 21/11/2007 - 04:52 Utilisez la librairie
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