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d'histoire des Juifs |
Henrich Graëtz - Bahya ibn Pakouda
Un autre philosophe juif de cette époque, Bahya (Behaya) ben Joseph ibn Pakouda (Bakouda), suivit une autre voie qu’Ibn Gabirol. D’une foi ardente et d’une moralité austère, Bahya était une de ces personnalités à l’âme énergique, aux mœurs graves et pures, qui opéreraient facilement une révolution religieuse s’ils y étaient aidés par les circonstances. Il fonda une morale théologique du judaïsme d’une grande originalité et l’exposa en arabe dans un ouvrage qu’il appela Guide pour les devoirs des cœurs. Dans ce livre animé d’un souffle de profonde piété, l’auteur enseigne que dans la pratique de la religion, la pensée intime, le sentiment, importe seul, parce que seul il conduit à une vie véritablement sainte et pénétrée de la crainte de Dieu. Exégèse biblique, grammaire, poésie, philosophie spéculative, toutes ces sciences, toutes ces recherches qui préoccupaient alors les esprits au plus haut point, n’étaient pour Bahya que des objets secondaires, à peine dignes d’une attention sérieuse ; même l’étude du Talmud ne présentait à ses yeux qu’une importance médiocre. Il voulait que le judaïsme eût surtout sa place dans les cœurs, et pour lui les obligations imposées par la conscience étaient bien supérieures aux pratiques prescrites par la Loi. A l’exemple des docteurs pagano-chrétiens des premiers siècles, il divisait le judaïsme en deux parties : les lois religioso-morales et les lois cérémonielles. Ces dernières lui paraissaient naturellement d’un caractère moins élevé que les obligations purement morales. Entraîné par ses aspirations vers Dieu et par son amour de la religion, telle qu’il l’entendait, Bahya arriva à considérer l’ascétisme, avec ses mortifications et ses austérités, comme le suprême degré de la sagesse humaine. A son avis, le judaïsme prescrit la sobriété et l’abstinence. Depuis Hénoc jusqu’à Jacob, dit-il, les patriarches n’eurent pas besoin d’être astreints à la tempérance par des lois spéciales, parce que chez eux l’esprit triomphait toujours de la chair. Ces lois devinrent seulement nécessaires après que le peuple juif, corrompu par son séjour en Égypte et les riches dépouilles trouvées plus tard dans le pays des Cananéens, se fut laissé séduire par les jouissances matérielles. De là l’utilité de l’institution du naziréat. A mesure que le peuple dégénérait, des particuliers, notamment les prophètes, se sentaient portés à renoncer à toute relation sociale et à toute occupation pour se retirer dans la solitude et mener une vie contemplative. Cet exemple ne peut sans doute pas être suivi par tous, car il faut dans la société des hommes qui travaillent et agissent. Mais il est nécessaire qu’il y ait une classe d’hommes contemplatifs, séparés du monde (Peruschim) et enseignant au reste des humains à modérer leurs appétits et à vaincre leurs passions. Comme on voit, Bahya avait des tendances à exalter le monachisme, tendances qui régnaient au moyen âge chez les musulmans comme chez les chrétiens. Quoique familiarisé avec la philosophie, il aurait vécu dans la retraite du cloître et l’immobilité de la contemplation, si le judaïsme rabbanite n’était pas absolument contraire à une telle exagération. Henri Graëtz – Histoire des Juifs TROISIÈME PÉRIODE — LA DISPERSION Deuxième époque — La science et la poésie juive à leur apogée Chapitre II — Fin du gaonat en Babylonie. Aurore de la civilisation juive en Espagne — (970-1070) Date de création : 21/11/2007 - 05:15 Utilisez la librairie
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