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d'histoire des Juifs |
Henrich Graetz - Les débuts du Caraïsme
Les partisans d’Anan prirent le nom d’ananites ou caraïtes (Karaïm, Karaïmen, Benê Mikra) et donnèrent à leurs adversaires le sobriquet de rabbanites, c’est-à-dire qui croient aux autorités. L’animosité entre les deux partis fut, à l’origine, extrêmement violente, les chefs des deux académies excommunièrent naturellement et exclurent du judaïsme le novateur et ses adeptes. Ceux-ci, de leur côté, évitaient toute alliance, toute relation avec les rabbanites, ne s’asseyaient pas à leur table et ne leur rendaient pas visite le sabbat, parce qu’au point de vue caraïte ils profanaient la sainteté de ce jour.
Les rabbanites traitaient leurs adversaires d’hérétiques (minim, apikorsim), parlant contre eux du haut de la chaire et ne les admettant pas à la prière. Les caraïtes ne ménageaient pas non plus leurs injures aux deux écoles de Sora et de Pumbadita, ils leur appliquèrent l’allégorie, imaginée par le prophète Zacharie, des deux femmes qui transportent le péché dans un boisseau à Babylone et y élèvent une demeure pour lui : Les deux femmes représentent les deux résidences des gaonim à Sora et à Pumbadita. Cette comparaison outrageante, dont le premier auteur était sans doute Anan, se perpétua parmi les caraïtes, ils ne désignèrent plus les deux académies que sous le nom des deux femmes. Ainsi, pour la troisième fois, la race juive était divisée en deux partis ennemis. Rabbanites et caraïtes se combattaient comme autrefois Israël et Juda et, à l’époque du second temple, pharisiens et sadducéens. De nouveau, Jérusalem, si souvent témoin de déchirements intérieurs, devint le théâtre d’une lutte fratricide. — Anan fut nommé exilarque des caraïtes, et cette dignité devint héréditaire dans sa famille. Le souvenir d’Anan resta en grand honneur parmi les caraïtes, qui consacrèrent à sa mémoire, pendant l’office du sabbat, une formule spéciale de prière, ainsi conçue : Que l’Éternel ait en sa miséricorde le prince Anan, l’homme de Dieu, qui a aplani la route vers la Thora, a éclairé les yeux des caraïtes, a éloigné du péché un grand nombre de ses frères et nous a montré le boa chemin. Que le Seigneur lui assigne une bonne place parmi les sept classes qui entrent au paradis. L’histoire impartiale ne ratifie pas ces louanges, elle ne reconnaît aucune supériorité intellectuelle au fondateur du Caraïsme, qui n’avait ni conceptions profondes, ni connaissances philosophiques. Attaché étroitement à la lettre de la Thora, il en était encore, entre autres, à cette croyance biblique que le sang était réellement le siège de l’âme. Il était également inconséquent dans son opposition au judaïsme talmudique, laissant subsister maintes pratiques qui, pas plus que d’autres qu’il avait dédaigneusement repoussées, n’étaient inscrites dans la Bible. — Après sa mort, son fils Saül lui succéda dans la dignité d’exilarque. Le système religieux d’Anan ne tarda pas à subir des modifications. Ses disciples mêmes commencèrent déjà à s’écarter, sur certains points, des vues de leur maître, et, de génération en génération, il s’introduisit de nouveaux changements dans le Caraïsme primitif. Pour défendre leurs nouvelles réformes contre leurs propres coreligionnaires et contre les rabbanites, les successeurs d’Anan durent demander leurs arguments à la Bible. Aussi se livra-t-on, parmi les caraïtes, avec une grande ardeur à l’explication de la Thora. Ils devinrent grammairiens, massorètes, fixèrent la lecture des mots douteux et scrutèrent avec zèle le texte biblique. Pendant que les caraïtes déployaient une activité littéraire très sérieuse, les rabbanites ne produisaient presque rien. On ne connaît qu’un seul auteur important de ce temps, Jehudaï, gaon de Sora, dont il a été déjà question et qui a aidé à excommunier Anan. Il a composé un recueil talmudique connu sous le nom de Résumé des pratiques religieuses (Halakhot Quetouot). L’auteur a indiqué sommairement et coordonné dans cet ouvrage les diverses prescriptions disséminées dans le Talmud. Ce recueil fut d’une utilité incontestable, il pénétra jusque dans les communautés juives les plus éloignées et servit de modèle aux travaux postérieurs de ce genre. Le mouvement caraïte contribua à affaiblir l’autorité des exilarques. Avant Anan, les académies étaient subordonnées à l’exilarque, qui faisait ou ratifiait la nomination des chefs d’école. Quand les gaonim eurent réussi à écarter Anan de l’exilarcat, ils eurent conscience de leur puissance et s’arrogèrent le privilège de nommer eux-mêmes les princes de l’exil. Aussi la dignité d’exilarque, qui avait été héréditaire depuis Bostanaï, devint-elle élective à partir de l’échec subi par Anan. Après Hanania ou Ahunaï, dix ans, à peine, après la fondation du Caraïsme, s’éleva une nouvelle compétition au sujet de l’exilarcat entre deux prétendants, Zakkaï ben Akunaï et Natronaï ben Habibaï, membre du Collège sous Jehudaï. Grâce aux efforts des deux chefs d’école de ce temps, Malka ben Aha, de Pumbadita (771-73), et Haninaï Kahana ben Huna, de Sora (765-75), Natronaï échoua, il fut même, par ordre du khalife, banni de la Babylonie. Il se rendit à Kairouan, où, depuis la fondation de cette ville, se trouvait une communauté juive importante. Natronaï était un talmudiste remarquable, le fait suivant le prouve. Sollicité par les communautés juives de l’Espagne de leur envoyer un exemplaire du Talmud, il en copia un de mémoire. Quand son rival eut été banni, Zakkaï fut naturellement élevé par les gaonim à la dignité de prince de l’exil. Henri Graetz TROISIÈME PÉRIODE — LA DISPERSION Première époque — Le recueillement après la chute Chapitre XIV — Le Caraïsme et ses sectes — (640-750) Date de création : 02/09/2007 - 15:16 Utilisez la librairie
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