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Henrich Graetz - Les dilemmes du Caraïsme
Dans le Caraïsme également se produisirent des querelles et des déchirements, il s’y forma de nouvelles sectes qui s’éloignaient plus ou moins de la doctrine d’Anan. Mousa (ou Meswi) et Ismaël, d’Akbara (à l’est de Bagdad, à sept milles de cette ville), introduisirent, vers 833-842, des modifications, restées inconnues, dans la célébration du sabbat, ils déclarèrent aussi que la défense du Pentateuque relative à la graisse des animaux ne s’appliquait qu’aux sacrifices, mais qu’autrement il était permis de manger la graisse.

Mousa et Ismaël eurent de nombreux adhérents qui adoptèrent leurs doctrines et formèrent, parmi les caraïtes, une secte particulière sous le nom d’Akbarites. Vers la même époque, un autre caraïte, Abou-Amran Moïse le Perse, originaire de la ville de Safran et établi plus tard à Tiflis, en Arménie, apporta également des changements au Caraïsme. Il établit les fêtes à de nouvelles dates, abolit tout calendrier, et décida que le mois commencerait, non pas à partir de l’apparition de la nouvelle lune, mais au moment où la lune entre dans son dernier quartier ; il niait aussi la résurrection des corps. Ses partisans formèrent, sous le nom d’Abou-Amranites ou Tiflisites, une secte qui subsista pendant plusieurs siècles. Un Moïse, de Baalbek (Syrie), continua et étendit les réformes de Moïse le Perse, il déclara que la Pâque devait être célébrée le jeudi, et le jour de l’Expiation, le samedi, parce que la Thora appelle cette dernière fête un sabbat double. Ses adhérents se réunirent en communauté et prirent le nom de Baalbekites ou Mesvites.

Comme le Caraïsme ne possédait ni centre religieux, ni autorité centrale capable de maintenir l’unité de la doctrine, il devait nécessairement s’y produire des divergences considérables. Ainsi, dans la région de Khorassan, les caraïtes célébraient la Pâque à une autre date que leurs coreligionnaires des autres pays. La même incertitude régnait au sujet des mariages prohibés ; les uns défendaient des unions que d’autres déclaraient licites. C’est que quelques caraïtes avaient étendu considérablement les degrés de parenté consanguine ; selon eux, la Bible regarde le mari et sa femme comme consanguins, et, par conséquent, les frères et sœurs nés de lits différents sont également déclarés consanguins. La consanguinité entre mari et femme subsiste pour certains caraïtes même quand l’union a été dissoute, et si le mari divorcé, par exemple, contracte un nouveau mariage, la deuxième femme est considérée comme parente consanguine, par transmission, avec la première femme, quoique ces deux femmes soient, en réalité, étrangères l’une à l’autre. Cette transmission s’étendait jusqu’à la quatrième union ; il n’y avait cependant aucune raison de s’y arrêter plutôt qu’à une union ultérieure. Les caraïtes n’osèrent sans doute pas pousser ce principe de la transmission (Rikkub, Tarkib) jusque dans ses conséquences extrêmes.

Henri Graetz
TROISIÈME PÉRIODE — LA DISPERSION
Première époque — Le recueillement après la chute
Chapitre XIV — Le Caraïsme et ses sectes — (640-750)

Date de création : 02/09/2007 - 15:52
Dernière modification : 21/10/2007 - 07:22
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