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d'histoire des Juifs |
Henrich Graetz - Le Gaon de Vilna et les Hassidim
A Vilna vivait alors un savant talmudiste, Élia Vilna (1720-1797), qui, aujourd’hui encore, est vénéré, sous le nom de gaon, par les Juifs de la Lithuanie. D’un caractère élevé, d’une intelligence remarquable, d’une science profonde, il occupait un rang à part parmi les rabbins polonais. Il va sans dire qu’il était familiarisé avec le Talmud et ses commentaires, mais il se gardait bien de se livrer à cette dialectique excessive qui aboutissait aux subtilités et à l’ergotage. Il s’appliquait simplement à comprendre le texte et à le soumettre à une sérieuse critique. Ce talmudiste offrait encore une autre particularité, il ne dédaignait pas d’étudier la Bible et même la grammaire hébraïque.
Lorsque Élia fut informé qu’un groupe de Hassidim s’était organisé à Vilna et avait entrepris une campagne contre le Talmud, il ordonna une enquête. On découvrit des écrits où les Hassidim ne se contentaient pas de recommander la sérénité d’humeur et même la gaieté, mais proposaient aussi de modifier lés prières et s’exprimaient d’une façon peu respectueuse sur les rabbins. Encore sous l’impression des égarements des Frankistes. Élia prit immédiatement les mesures les plus rigoureuses contre les Hassidim. Il condamna même leur chef Issar au pilori. Les administrateurs de la communauté n’osèrent pas appliquer une peine aussi sévère. Issar fut excommunié un jour de sabbat, en présence de toute la communauté, incarcéré et flagellé, et les ouvrages découverts furent brûlés (1772). Les rabbins de Vilna écrivirent aussi à toutes les grandes communautés de Pologne pour les engager à surveiller étroitement les Hassidim et à les frapper d’anathème. Dans cette même année, la secte perdit son chef, Dob Beer Mizriez. Ces coups répétés découragèrent les Hassidim, qui suspendirent momentanément leur activité. Ils ne tardèrent pourtant pas à recommencer leur propagande. Ils étaient alors au nombre d’environ cinquante à soixante mille, divisés en petites communautés dont chacune avait à sa tête un rebben. Tous ces groupes étaient unis entre eux par le çaddik suprême, descendant de Beer Mizriez, dont l’autorité s’étendait sur tous les rebben et qui recevait une part de leurs revenus. Le premier çaddik en chef fut Abraham, fils de Beer, surnommé par ses partisans ha-Malakh ou l’Ange. Pour atténuer l’effet qu’auraient pu produire l’excommunication prononcée contre les Hassidim par le rabbinat de Vilna ou les divers ouvrages polémiques, les rebben interdisaient la lecture de tout écrit qu’if n’avaient pas préalablement approuvé. Par contre, ils recommandaient chaleureusement des recueils de sermons et de sentences attribués à Israël Baal Schem et à Beer Mizriez. Après la mort de Beer, deux de ses successeurs contribuèrent particulièrement au développement de la secte des Hassidim : Israël, de Kozieniz, au nord de Radom, et Salman de Liadi. Le premier, connu sous le nom de Magguid de Kozieniz, était d’un mysticisme exalté et avait la réputation d’un grand thaumaturge, même chez les chrétiens. Ses revenus étaient considérables, maie il distribuait aux nécessiteux l’or que ses admirateurs lui apportaient. Salman de Liadi se distingua surtout par sa vaste érudition talmudique et sa dignité de caractère. Il fonda un groupe spécial qu’on désignait sous le nom de Habad. Une seconde fois, Élia et ses collègues de Vilna excommunièrent les Hassidim. A Brody et à Cracovie on brûla plusieurs de leurs livres (1781). Mais ces procédés de répression n’avaient plus la nième efficacité qu’autrefois. Dans la province austro-polonaise de la Galicie. les disciples de Mendelssohn essayèrent pie combattre cette secte en créant des écoles élémentaires d’après le programme de Joseph Il. Elle triompha pourtant de toutes les résistances, et, à la fin du XVIIe siècle, elle était forte de cent mille âmes. C’est que de ses revendications, une au moins était justifiée : la nécessité de réprimer l’excès des études talmudiques. Aujourd’hui, les Hassidim donnent le ton dans les communautés où ils étaient autrefois persécutés et ne cessent de faire de nouvelles recrues en Pologne. Henri Graëtz; Histoire des Juifs TROISIÈME PÉRIODE; LA DISPERSION Quatrième période; Le relèvement Chapitre XIII — Excès de l’orthodoxie et la réforme — (1760-1789) Date de création : 02/09/2007 - 16:22 Utilisez la librairie
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