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Henrich Graetz - Yehouda Hanassi et le pouvoir religieux
Le patriarcat de Juda est marqué par une grande concentration des pouvoirs entre ces mains, ce qui lui permet de réorganiser le Judaïsme dans une vision centralisatrice.


Juda étendit encore son autorité en décrétant que nul docteur, quelque savant qu’il fût, n’avait le droit de statuer sur des questions religieuses à moins qu’il n’y fût autorisé par le patriarcat. Cette mesure obligea les communautés juives, palestiniennes ou autres, à s’adresser au patriarche quand elles avaient besoin de fonctionnaires religieux, de juges on d’instituteurs. Ainsi, les habitants de Simonias, ville située au sud de Sepphoris, demandèrent à Juda de leur envoyer un homme qui pût à la fois prêcher, remplir la fonction de juge, surveiller la synagogue, rédiger les contrats civils et religieux, instruire la jeunesse, en un mot, soigner toutes les agraires de la communauté. Le patriarche leur recommanda son meilleur disciple, Lévi ben Sissi. Deux autres disciples de Juda, Raba Bar Hana, de Kafri, et Abba Areka, tous deux Babyloniens, durent également demander préalablement l’autorisation du patriarche pour avoir le droit de statuer sur des questions religieuses ou juridiques dans leur pays. Un seul dignitaire juif occupait une situation aussi élevée que le patriarche, c’était l’exilarque, en Babylonie. Ce dernier avait même une supériorité considérable sur Juda, il était nommé et soutenu par les autorités Parthes, tandis que les Romains toléraient à peine l’existence du patriarcat.

Juda mit à profit le pouvoir presque absolu dont il jouissait pour supprimer certaines pratiques que le temps avait consacrées, mais que la nouvelle situation des Judéens rendait très difficiles à observer. Il semble avoir aboli, entre autres, l’usage d’allumer des feus sur les montagnes de la Palestine pour annoncer la néoménie. Il décida que les communautés seraient dorénavant informées de cette date par des messagers. Cette mesure fut prise probablement à la suite de l’hostilité qui avait éclaté entre les Judéens et les Samaritains. Ces derniers allumaient, en effet, des torches sur les montagnes avant le temps voulu afin d’induire les Judéens en erreur. En général, sous le patriarcat de Juda, les rapports des témoins concernant l’apparition de la nouvelle lune avaient bien moins d’importance qu’auparavant pour la fixation des tètes. On tenait surtout compte des calculs astronomiques pour en déterminer la date, l’audition des témoins n’avait plus qu’un intérêt secondaire. Aussi Juda recevait-il la déposition de personnes qui auparavant étaient jugées indignes de témoigner. Ce n’était plus le patriarche lui-même qui proclamait la néoménie, mais son suppléant. A cette époque, cette proclamation avait lieu à Eïn-Tab, qui se trouvait dans la province de Judée, probablement tout près de Lydda.


Henri Graetz, TROISIÈME PÉRIODE — LA DISPERSION, Première époque — Le recueillement après la chute, Chapitre V — Patriarcat de Juda le Saint. Dernière génération des Tannaïtes — (170-220)

Date de création : 02/09/2007 - 17:01
Dernière modification : 22/10/2007 - 03:26
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