Le premier chapitre de l’œuvre juridique monumentale entreprise par Maïmonide – le Mishné Tora, écrit entre 1168 et 1178, est intitulé : les fondements de la Thora. Ce chapitre traite en fait des bases de la foi juive, plus précisément des éléments de la foi auxquels le Juif est tenu de croire. En commençant ce qui doit être un code juridique complet du judaïsme par les règles sur la foi, Maimonide pose comme principe que les croyances elles-mêmes ne sont pas du domaine privé. « Les fondements de la Thora » offrent une base sur laquelle distinguer la croyance de l’hérésie, pas seulement dans les actes mais aussi dans les pensées. Bref, avant même d’engager le monde juif dans la plus acerbe des controverses sur la philosophie avec le « Guide des Egarés », le Mishné Tora montre clairement que Maimonide a une conception du Judaïsme tout empreinte de philosophie.
1) Le Fondement des fondements et le Pilier des sagesses, [c'est] de savoir qu'il y a [quelque chose] qui exista le premier [avant tout ce qui existe]. Et il créa tout ce qui est créé; et tout ce qui est créé dans les Cieux et sur la terre et ce qui est entre les deux, n'existe que par le fait de Sa création. [2] Et si émerge l'idée qu'il n'existe pas, il n'y a rien d'autre qui puisse exister. [3] Et si émerge l'idée que toutes les choses qui sont créées n'avaient [plus] d'existence, Lui seul existerait et ne cesserait pas [d'exister] comme elles ont cessé [d'exister]: car tout ce qui existe le Lui doit [d'exister]; et Lui, Saint Soit-Il, n'a pas besoin d'elles, pas même d'une seule d'entre-elles.
2) Pour cette raison, Sa Réalité n'est pas comme leur réalité. [4] Voici ce que le Prophète dit "Et L'Eternel est le Dieu de Vérité" (Yeremiah 10:10) - Lui seul est Vérité, et rien d'autre n'a de vérité comme Sa Réalité. Voici ce que la Torah dit "Il n'y a rien d'autre que Lui" (Deutéronome 4:35), c'est-à-dire qu'aucune vérité n'existe qui soit semblable à Lui.
3) De cette Existence - Il est le Dieu du Monde, le Maître de toute la Terre. Et il dirige les Roues avec une force infinie et totale, avec une force ininterrompue, pour que les Roues tournent sans cesse, car elles ne peuvent tourner sans [celui qui les] fait tourner; Et Il, Béni Soit-Il, est celui-là qui fait tourner, sans main ni corps.
4) Et connaître cela est un commandement positif, comme il est dit "Je suis l'Eternel ton Dieu" (L’Exode 20:2; Deutéronome 5:6). Et tout [homme] qui aurait l'idée qu'il existe un autre [Dieu], à part Lui, transgresse un [commandement] négatif, car il est dit "Tu n'aura pas d'autre Dieu devant ma face" (L’Exode 20:2; Deutéronome 5:6); et il nie ce principe, qui est le Grand Principe dont tout dépend.
5) Dieu est Un - Il n'est pas deux ni plus de deux, seulement Un, dont l'unicité est unique face à [celle des] autres [choses] qui existent dans le Monde: [elle n'est pas] unique comme celle d'une espèce composée de beaucoup d'unités, et pas unique comme le corps qui est divisé en membres et en extrémités; mais Son Unicité n'a pas d'unicité qui lui soit comparable dans le Monde.
6) S'il y avait plusieurs divinités - il y aurait [plusieurs] corps, car les entités égales en existence ne diffèrent les unes des autres qu'en incidence ce qui se traduit par [différents] corps. Et si Le Créateur avait un corps - il aurait une fin et une limite, car il ne peut y avoir de corps sans fin. Et tout ce qui a une fin et une limite, a une fin à sa force.
7) Et notre Dieu, Béni Soit Son Nom, Lui dont La Force n'a ni fin ni interruption, puisque les Roues tournent sans cesse, Sa Force n'est pas [comme] la force du corps. Et puisqu'Il n'a pas de corps, il n'a pas d'accident corporel qui puisse être divisé et séparé des autres; c'est pourquoi il est impossible d'être auttre qu'Un. Et pour savoir cela il y a une Mitswa positive, comme il est dit "L'Eternel est notre Dieu, L'Eternel est Un" (Deutéronome 6:4).
8) Il est expliqué dans la Torah et dans les Prophètes, que Le Saint Béni Soit-Il n'a pas de corps: comme il est dit "Car L'Eternel est votre Dieu, Il est Le Dieu qui est dans les Cieux en haut et sur la Terre en bas" (voir Deutéronome 4:39; Josué 2:11), et le corps ne [peut] pas être en deux endroits [à la fois]. et il est dit "Car vous n'avez vu aucune forme" (Deutéronome 4:15), et il est dit "Et à qui me compareras-tu, à qui je serais comparable?" (Isaïe 40:25); et s'Il avait un corps, il serait comparable aux autres corps.
9) S'il en est ainsi, que signifie ce qui est dit dans la Torah "Et sous Ses pieds" (L’Exode 24:10), "Ecrits par le doigt de Dieu" (L’Exode 31:18; Deutéronome 9:10), "La main de l'Eternel" (L’Exode 9:3; Les Nombres 11:23; Deutéronome 2:15), "Les yeux de l'Eternel" (Deutéronome 11:12), "Les oreilles de l'Eternel" (Les Nombres 11:1; Les Nombres 11:18), etc. - Tout cela en fonction de [la faculté de] compréhension des fils de l'homme qui ne connaissent rien d'autre [la réalité] des corps; et la Torah parle selon le langage de l'homme. Et toutes [ces expressions] sont des attributs, comme il est dit "Si j'aiguise la lame de mon épée" (Deutéronome 32:41), a-T-il vraiment une épée, et tue-T-il avec cette épée?; c'est une allégorie, et toutes sont allégories.
10) La preuve de ceci, c'est qu'un Prophète dit qu'il a vu le Saint Béni Soit-Il "vêtu de neige blanche" (Daniel 7:9), et un autre [Prophète] L'a vu "porter des vêtements pourpres" (Isaïe 63:1); et Moïse notre Maître lui-même L'a vu sur la Mer [Rouge lors de la sortie d'Egypte, et il L'a vu] comme un combattant faisant la guerre, et au Sinai comme un chantre dirigeant la prière. C'est-à-dire qu'Il n'a pas d'image ni de forme, tout ne [dépend] que de la vision prophétique et de son contenu. Et en vérité, l'homme n'a pas de connaissance qui lui permette de Le comprendre et de L'examiner; et c'est ce que dit le verset "[Prétends-tu] examiner Dieu, jusqu'aux raisons du Tout Puissant?" (Iyuv 11:7).
11) Pourquoi Moïse notre Maître cherchait-il à comprendre [Dieu] comme il est dit "Montre-moi Ta Gloire" (L’Exode 33:18) - Il cherchait en vérité à reconnaître [l'apparence] du Saint Béni Soit-Il, afin qu'il sache en son cœur comment Le distinguer des hommes qu'il voyait devant lui et graver son image en lui, afin que l'homme Le trouve et le différencie dans sa connaissance des autres hommes; ainsi Moïse notre Maître chercha quelle était l'Existence du Saint Béni Soit-Il, différencié en son coeur des autres choses qui existent, jusqu'à connaître la vérité de Son Existence comme elle est. Et le Saint Béni Soit-Il lui répondit que l'homme vivant n'a pas de compréhension assez forte, lui dont le corps et l'âme sont liés, afin d'atteindre la Vérité de cette chose [qu'est l'Existence] de son Créateur.
12) Et Le Saint Béni Soit-Il [lui enseigna] des choses que l'homme ne connaissait pas avant lui, et qu'il ne saura [jamais] après lui, jusqu'à ce que [Moïse] comprenne la Vérité de Son Existence, c'est-à-dire que Le Saint Béni Soit-Il est différent dans son intellect de tout ce qui existe, comme un [homme] est différent des [autres] hommes quand on le voit de dos, et ceci par son corps, dans ses vêtement et dans son intellect; et un verset parle de ce sujet: il est dit "Et tu verras Mon Dos, et Ma Face on ne La verra pas" (L’Exode 33:23).
13) Et lorsqu'il est clair que [Dieu] n'a pas de corps, il est clair qu'Il n'a pas une seule incidence corporelle: Il n'a ni addition ni division, Il n'a ni localisation ni dimension, Il n'a ni accroissement ni diminution, Il n'a ni droite ni gauche, Il n'a ni devant ni derrière, Il n'a ni position assise ni position debout. Et Il n'a pas d'existence temporelle, et n'a donc ni commencement ni fin sur la base des années; Et Il n'a pas de changement, et il n'y a rien qui Lui cause de changement.
14) Et Il n'a ni mort ni vie [qui soit] comme la vie du corps vivant, Il n'a ni stupidité ni sagesse [qui soit] comme la sagesse de l'homme sage, Il ne dort ni se réveille, Il n'éprouve ni colère, ni joie, ni peine, et Il ne se tait ni ne parle comme parle l'homme. Ainsi parlent les sages, Il n'a besoin ni de s'asseoir ni de se lever, il n'a ni repos ni fatigue.
15) Et puisqu'il en est ainsi, toutes les paroles qui font référence à cela dans la Torah et dans les paroles des Prophètes, toutes sont des allégories et fes formes poétiques, comme il est dit "Il est assis dans les Cieux et se divertit" (Tehilim 2:4), "Comme ils provoquent ma colère" (Deutéronome 32:21), "Comme l'Eternel prendra plaisir" (Deutéronome 28:43), etc. Sur tout cela les sages ont dit, la Torah parle le langage des fils de l'homme. Et il est dit "Ils provoquent ma colère" (Yeremiya 7:19); alors qu'il est dit "Je suis L'Eternel qui ne change pas" (Mal'akhi 3:6), et s'il y a des fois où Il éprouve de la colère et des fois où il se réjouit, c'est un changement. Toutes ces paroles n'ont pas de réalité si ce n'est pour [l'existence] sombre des corps [d'ici] bas, qui résident dans des réceptacles de matière qui tirent leur essence de la terre. Mais Lui, Le Saint Béni Soit-Il, est élevé et bien au dessus de tout ceci.