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d'histoire des Juifs
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Henrich Graëtz - Mise en place de l'émancipation en Hollande
Les idéaux révolutionnaires se sont répandus en Italie, en Belgique et dans les Etats allemands. En Hollande, où la France a créé un Etat vassal – la république Batave – qui s’aligne sur elle pour la législation, l’assemblée nationale décide l’octroi de l’égalité des droits aux Juifs.

Dans d’autres pays aussi, où les armées victorieuses de la République française vinrent implanter les idées de liberté et d’égalité, les Juifs obtinrent leur émancipation. Ils furent d’abord affranchis en Hollande, quand ce pays fut devenu la République batave (1796). La population juive de la Hollande, au nombre d’environ cinquante mille rimes et divisée en communautés portugaises et allemandes, y jouissait depuis deux siècles d’une large tolérance, mais était pourtant soumise à de nombreuses restrictions. L’accès des fonctions publiques leur était fermé ; ils étaient également exclus de certaines corporations. Ils devaient contribuer aux dépenses du culte et des écoles de la majorité sans profit pour eux. D’autres restrictions encore pesaient sur eux. Dès que la République eut été proclamée, ils virent disparaître un certain nombre de ces restrictions; quelques voix s’élevèrent même pour réclamer leur émancipation complète. Mais, à l’instar de ce qui s’était passé en France, leurs adversaires s’efforcèrent, dans des écrits malveillants, d’exciter l’opinion publique contre eux. L’ouvrage de Van Swieden, intitulé : Conseil aux Représentants du peuple, produisit surtout une impression fâcheuse. Ce qui paraît plus étrange encore, c’est que les rabbins et les administrateurs des communautés, particulièrement les Parnassim, faisaient également opposition à l’émancipation des Juifs.

Grâce à l’influence de ces chefs, les Juifs de Hollande, quoique convoqués, comme leurs concitoyens, à participer à l’élection de la première Assemblée nationale batave, ne s’y intéressèrent que médiocrement. Aussi ne purent-ils faire passer aucun des leurs comme député, même à Amsterdam, où ils étaient au nombre de plus de vingt mille. Les partisans de l’émancipation juive eurent donc à faire face de deux cités à la fois, et aux Juifs eux-mêmes et à leurs ennemis chrétiens. Sans se laisser décourager, ils redoublèrent d’efforts et d’activité. Enfin, la question de l’émancipation juive fut discutée au mois d’août 1796. Elle fut vivement combattue par les députés conservateurs, qui étaient fermement convaincus que, pour avoir tué Jésus, les Juifs devaient continuer à être humiliés et avilis jusque dans les temps les plus reculés. Mais un député français, Noël, réclama leur affranchissement avec une vigoureuse éloquence ; il eut gain de cause. Après de longs débats, l’Assemblée nationale décréta (2 septembre 1796) que les Juifs bataves, du moins ceux d’entre eux qui le désireraient, jouiraient de la plénitude des droits de citoyen.

En général, ce décret ne provoqua pas un grand enthousiasme parmi les Juifs de Hollande. C’est qu’ils avaient joui jusqu’alors d’une plus grande liberté que leurs coreligionnaires de France et d’autres pays, et qu’ils ne voyaient dans leur émancipation que les nouvelles charges qui allaient peser sur eux et les dangers qui menaçaient leur religion. Loin de se réjouir de leur affranchissement, ils en voulaient aux hommes de courage et d’initiative qui y avaient contribué. De là, dans les communautés d’Amsterdam, des discussions et des dissentiments entre les partisans de l’ancien régime et les amis de l’émancipation et des réformes. Ces derniers, principalement dans la communauté allemande, demandèrent, en effet, comme conséquence de la proclamation de l’émancipation, l’abrogation des pouvoirs excessifs des rabbins et des Parnassim. Sur le refus des administrateurs de faire droit à leur requête, ils se séparèrent de la communauté établie et en organisèrent une nouvelle (vers la fin de 1796), qu’ils appelèrent Adat Yeschouroun et où ils introduisirent plusieurs réformes.

Ainsi, dans la prière des Dix-Huit Bénédictions, ils supprimèrent le paragraphe Welamalschinim, composé à l’origine contre les Judéo-Chrétiens, mais que des ignorants appliquaient à tous les chrétiens sans exception ; ils défendirent aussi les inhumations précipitées et construisirent un nouvel établissement de bains pour la communauté, plus propre et plus confortable que l’ancien. Ces réformes, si innocentes en réalité, excitèrent la colère des rigoristes, qui menacèrent de mort les membres de la nouvelle communauté et auraient mis leurs menaces à exécution sans l’intervention de la force armée. Pourtant, malgré l’appui, assez inexplicable, que leur prêtaient les autorités de la ville, les Parnassim de la communauté allemande, plus tyranniques encore que leurs collègues portugais, durent résigner leurs fonctions. Dans la nouvelle administration entrèrent aussi des réformateurs.

Peu à peu les haines s’apaisèrent et les rigoristes se réconcilièrent avec le nouvel état de choses. Ils étaient, du reste, flattés que deux Juifs d’Amsterdam, Bromet et De Lémon, eussent été élus comme députés de l’Assemblée batave. Plusieurs d’entre eux se rendirent même à La Haye pour assister à l’ouverture des séances de cette Assemblée (1797) ; ils se trouvaient honorés dans leur propre personne de la distinction échue à leurs coreligionnaires. L’année suivante (1798), Isaac da Costa Atias fut nommé membre du Conseil de la ville, puis élu député et même élevé à la dignité de président de l’Assemblée. Sur l’initiative du chef de la République batave, le grand pensionnaire Schimmelpenik, des Juifs furent également appelés à des fonctions publiques. Moresco eut un emploi auprès du Conseil de la ville d’Amsterdam et Moïse Asser au ministère de la Justice. De toute l’Europe ce fut la Hollande qui nomma les premiers fonctionnaires juifs.

Fiers de leur titre de citoyen, les Juifs de Hollande étaient indignés qu’une partie de leurs coreligionnaires fussent encore traités en Allemagne comme des parias. Ils demandèrent donc à l’Assemblée nationale d’inviter le représentant de la République batave auprès de la République française à proposer au congrès de la Paix, à Rastadt, d’exempter en Allemagne les Juifs hollandais du péage personnel : dans le cas où les princes allemands s’y refuseraient, tous leurs sujets seraient soumis en Hollande à ce traitement humiliant. L’Assemblée nationale accueillit, cette demande.

Henri Graetz; Histoire des Juifs
TROISIÈME PÉRIODE; LA DISPERSION
Quatrième période; Le relèvement
Chapitre XIV; La Révolution française et l’émancipation des Juifs; (1789-1806)

Date de création : 05/09/2007 - 05:44
Dernière modification : 05/09/2007 - 05:44
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