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d'histoire des Juifs
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L'esprit des lumières et les Juifs - Chronologie
  1721

Montesquieu publie les « Lettres Persanes ». Basée sur la correspondance imaginaire de deux voyageurs persans, Usbek et Rica, en Europe, l’œuvre se veut une critique en règle de la société de l’Ancien Régime. Montesquieu est un des rares philosophes des lumières à porter sur les Juifs un regard dénué de préjugés.


  1723

Publication du Dictionnaire universel du commerce par Savary. La perception commerciale du Juif est un mélange de préjugés haineux: « un vray Juif : marchand qui surfait et qui rançonne... ; tomber entre les mains des Juifs : traiter avec des gens durs, tenaces et difficiles en affaires.. ». et d’admiration « Les Juifs ont la réputation d’être très habiles dans le commerce ; mais aussi ils sont soupçonnez de ne pas le faire avec toute la probité et la fidélité possible. Quoi qu’il en soit de ce reproche, il est certain que les nations mêmes qui sont les plus prévenues contre les Juifs, non seulement les souffrent parmi elles, mais semblent même se piquer d’en apprendre les secrets du négoce et d’en partager avec eux les profits. » Quoique… (Moïse) leur avait fortement recommandé de ne faire aucun quartier à leurs ennemis et d’être de grands usuriers, deux commissions dont ils s’acquittèrent à merveille.


  1732

Le Dictionnaire universel de Trévoux parle des Juifs : « ...ils ont toujours porté les marques de la malédiction divine...méprisez et haïs par tout, et obstinez en leur haine en Jésus-Christ. »


  1750
1750

Publication de l’encyclopédie sous la direction de Denis Diderot. L’article « Juif », introduit par le chevalier de Jaucourt et continué par Diderot avec pour intitulé Philosophie des Juifs est un modèle de tolérance dans la pure mouvance de Montesquieu, abondamment cité, et des penseurs protestants. Dans l’introduction, Jaucourt explique les préjugés dont les Juifs font l’objet et les décortique en donnant leur origine historique. La dispersion des Juifs est due à leur incapacité de « posséder aucun bien fonds et d’avoir aucun emploi... » La pratique de l’usure chez les Juifs découle du fait que les Chrétiens ne leur ont laissé « pour subsister, de ressources que le commerce grâce auquel ils se sont enrichis. » Jaucourt conclut en reprenant Montesquieu… « En un mot on peut dire combien en tout lieu, on s’est joué de cette nation d’un siècle à l’autre. On a confisqué leurs biens, lorsqu’ils recevoient le christianisme ; et bientôt après, on les a fait brûler, lorsqu’ils ne voulurent pas le recevoir... » … et en constatant l’utilité des Juifs dans l’économie d’un pays : « On s’est fort mal trouvé en Espagne de les avoir chassés ainsi qu’en France d’avoir persécuté ses sujets dont la croyance différoit en quelques points de celle du Prince. » Diderot, dans la suite de l’article, fait une éloge de l’histoire ancienne d’Israël, ici citée : « ...mais quels hommes nous offre-t-elle qui soient comparables en autorité, en dignité, en jugement, en piété, en conscience, à Abraham, à Isaac et à Jacob ? ... Mais nous voilà parvenus au temps de Moïse ; quel historien ! Quel législateur ! Quel philosophe ! Quel poète ! Quel homme !.. »


  1756

Voltaire publie « Essai sur les mœurs et l'esprit des nations », ouvrage qui lui donne l’occasion d’exprimer quelques avis sur les Juifs. Il y fait une fois référence aux Juifs, mais sa référence est très révélatrice. Il y critique le judaïsme, faisant preuve d’une grande ignorance et d’une grande liberté dans l’interprétation des textes bibliques : « Dans le premier chapitre des juges, vous trouverez que le dieu de Juda se rendit maître des montagnes, mais qu'il ne put vaincre dans les vallées. Et an troisième livre des Rois, vous trouverez chez les Syriens l'opinion établie, que le dieu des juifs n'était que le dieu des montagnes. » Dans le livre des Juges, il n’est pas question du Dieu de Juda, mais du Dieu d’Israël, qui ne se rend pas lui-même maître des montagnes, mais aide les israélites à s’en rendre maîtres. A travers les Juifs, il semble que Voltaire cherche à viser le christianisme. C’est bien là un paradoxe édifiant : le christianisme persécute les Juifs au cours de son histoire, mais du fait que le Judaïsme est à la source du christianisme, celui qui veut combattre le christianisme est parfois tenté de le faire en combattant sa source, le judaïsme. Il peut alors trouver un écho dans la haine des Juifs enseignée justement par le christianisme.


  1781

Christian Wilhelm von Dohm (1751-1820), historien et écrivain allemand, écrit Ueber die Bürgerliche Verbesserung der Juden (de la réforme politique des Juifs), premier ouvrage des lumières entièrement consacré à l’émancipation des Juifs. Il l’écrivit sur la demande de son ami Moïse Mendelssohn. Mendelssohn avait lui-même été sollicité par Cerf Berr, le Shtadlan Alsacien, pour écrire un texte qui serait un plaidoyer pour l’émancipation des Juifs. Mendelssohn avait alors jugé que le texte aurait plus d’impact et de retentissement s’il était composé par un non-Juif. Il demanda alors à Dohm de le composer. Dohm explique dans son essai que la mauvaise nature des Juifs prend racine dans les lois oppressives dont ils sont l’objet et non dans la nature des Juifs eux-mêmes. En abolissant ses lois et en les encourageant à adopter la culture européenne, les Juifs peuvent devenir des citoyens loyaux et reconnaissants. Son essai influencera de nombreux philosophes des lumières.


  1785
1785

Publication de l’édition de Kehl du dictionnaire philsophique. La précédente édition ne comportait pas d’article Juif. Cette fois-ci, il y est, sous la plume d’un Voltaire dont les mots sur les Juifs sont une récapitulation et une accumulation de tout, ou presque, ce que l’histoire humaine à produit en terme d’antisémitisme et d’idées reçues : Sur l’histoire juive : « Il résulte de ce tableau raccourci que les Hébreux ont presque toujours été ou errants, ou brigands, ou esclaves, ou séditieux : ils sont encore vagabonds aujourd’hui sur la terre, et en horreur aux hommes, assurant que le ciel et la terre, et tous les hommes ont été créés pour eux seuls. » Sur les Juifs en général : « ...vous ne trouverez en eux qu’un peuple ignorant et barbare, qui joint depuis longtemps la plus sordide avarice à la plus détestable superstition, et à la plus invincible haine pour tous les peuples qui les tolèrent et qui les enrichissent. » Sans commentaire : « Vous prétendez que vos mères n’ont pas couché avec des boucs, ni vos pères avec des chèvres. Mais dites-moi, Messieurs, pourquoi vous êtes le seul peuple de la terre à qui les lois aient jamais fait une pareille défense ? Le législateur se serait-il jamais avisé de promulguer cette loi bizarre, si le délit n’avait pas été commis ? » Enfin, dans la conclusion de l’article, Voltaire s’adresse aux Juifs ? C’est trop d’attention ! : « Vous êtes des animaux calculants, tâchez d’être des animaux pensants. »


  1787
1787

La Société royale des sciences et des arts de Metz choisit comme sujet de son concours : « Est-il des moyens de rendre les Juifs plus utiles et plus heureux en France ? ». Trois mémoires sont soumis : - Le premier d’un avocat de Nancy nommé Thiery. - Le deuxième d’un Juif polonais installé en France, Halkind Hourwitz, qui modifie le nom de son mémoire et l’intitule « Est-il des moyens de rendre les Juifs plus heureux et plus utiles en France ? ». Inversant bonheur et utilité dans l’ordre des mots, il entend montrer que l’utilité des Juifs ne doit pas être la cause de leur plénitude de droits dans la nation française, mais qu’elle en sera justement la conséquence. - Le troisième mémoire est soumis par l’abbé Grégoire et passera à la postérité : « Essai sur la régénération physique, morale et politique des Juifs. » se veut un programme exhaustif pour transformer la condition des Juifs de France. L’abbé Grégoire y soutient notamment que le Juif « est toujours un Etat dans l'Etat, parce qu'il n'est jamais traité comme un fils de la patrie. [...] Il n'a aucune propriété terrienne, le commerce qui rend ordinairement cosmopolite lui procure des richesses portatives qui le consolent faiblement de l'opprobre et de la pesanteur des lois oppressives. Et vous exigez qu'il aime une patrie ? Donnez-lui en une ! ». Le mémoire aura une portée considérable sur la perception de la question juive par les révolutionnaires et sera traduite l’année suivante en Angleterre.


  1787
1787

A la suite de sa rencontre en Allemagne avec Dohm, Mirabeau devient un fervent partisan de l’émancipation des Juifs. Il définit ainsi la situation des Juifs face aux Chrétiens : « Les Juifs auraient été plus que des hommes s’ils n’avaient point haï ceux qui les persécutaient avec tant d’injustice ; s’ils n’avaient pas répondu à la tyrannie active de leurs ennemis du moins, par des preuves indirectes de leur haine, et qu’ils se seraient vengés quelquefois sur des individus de la religion chrétienne des cruautés qu’ils éprouvaient, il n’y aurait rien que de conforme à la nature de l’homme. ». Sur l’usure, il s’exprime ainsi : « Ce négoce de détail dans lequel la fréquente répétition de gains très modiques peut seule suffire à une subsistance très chétive, où le prêt d’argent, dont le profit est très conforme à l’équité naturelle, est devenu grâce à de mauvaises lois et aux préjugés qu’elles enfantent, le domaine et le signalement d’une possession malhonnête, voilà le principal et l’unique moyen de subsister des Juifs, et tandis qu’on le leur tolère, les lois décident une inique partialité pour tous leurs débiteurs, aggravant ainsi toutes les humiliations, les périls, et multipliant par conséquent les ruses d’une nation déjà si opprimée. » Mirabeau jouera un rôle important à la révolution. Noble, il sera élu aux Etats Généraux sur les listes du Tiers Etat. A la révolution, il prendra fait et cause pour le maintien d’un régime monarchique.


Date de création : 05/09/2007 - 05:58
Dernière modification : 12/11/2007 - 11:13
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