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d'histoire des Juifs |
Henrich Graëtz - La question de l'usure en Alsace
Pendant l’époque orageuse de la Révolution, les paysans d’Alsace avaient cessé de produire contre les Juifs de cette province leur accusation habituelle d’usure. C’est que créanciers juifs et débiteurs chrétiens avaient subi le même sort : tous étaient réduits à la misère. Au sortir de cette tourmente, de nombreux Juifs qui, par leur activité et leur intelligence, avaient réussi à acquérir de nouveau quelque fortune, reprirent leur ancien commerce d’argent.
ils y étaient en partie contraints par la nécessité de gagner leur vie et s’y trouvaient encouragés par les circonstances. Les hommes mûrs ne pouvaient pas, à l’âge où ils étaient arrivés, se mettre à apprendre l’agriculture ou la pratique de métiers manuels. D’autre part, le moment était favorable, pour ceux qui avaient de l’argent, à la réalisation de gros bénéfices. Des biens nationaux, confisqués sur le clergé et la noblesse, étaient alors à vendre, et les paysans d’Alsace, désireux d’en acquérir, manquaient des capitaux nécessaires. Beaucoup d’entre eux avaient même de vendre, pendant les années troublées de la Révolution, tout leur bétail et leurs instruments de labour pour ne pas mourir de faim. Ils s’adressèrent alors aux capitalistes juifs, qui leur avancèrent de l’argent sur hypothèque, probablement à des taux très élevés. Mais si les Juifs bénéficièrent de cette situation, les paysans aussi y trouvèrent leur compte. Dénués de tout à l’origine, ils acquirent peu à peu une certaine aisance. Au bout de quelques années, ils possédaient des biens-fonds d’une valeur de soixante millions, dont ils devaient environ le sixième aux Juifs. Seulement, ils n’avaient pas d’argent comptant pour payer les intérêts de leurs dettes, surtout à l’époque des grandes guerres oit Napoléon enleva tant de bras à l’agriculture. Obérés par la masse des intérêts qui s’accumulaient, poursuivis en justice, un grand nombre de paysans se virent expropriés de leurs champs et de leurs vignes au profit de leurs créanciers. De là des plaintes très vives et très nombreuses. Dans l’espoir de satisfaire leur haine, les adversaires des Juifs s’empressèrent de renchérir encore sur ces plaintes. Peignant sous les plus sombres couleurs les souffrances des paysans, ils représentaient tous les Juifs comme des usuriers et des sangsues et s’efforçaient de démontrer la nécessité de les priver de nouveau des droits civils que la France leur avait accordés. A la tête de ces implacables ennemis des Juifs, on trouva encore une fois la municipalité de Strasbourg, qui supportait avec impatience la présence de Juifs dans cette ville. Lorsque Napoléon, au retour de sa campagne contre les Autrichiens (janvier 1806), traversa Strasbourg, le préfet ainsi qu’une légation des bourgeois lui exposèrent les prétendus maux causés par les Juifs en Alsace. Ils lui affirmèrent que la surexcitation de la population alsacienne était telle qu’il y avait à craindre le renouvellement des scènes de meurtre du moyen âge. Ils lui firent aussi croire que tous les Juifs étaient usuriers ou colporteurs et que ceux d’entre eux qui suivaient les armées pour acheter le butin des maraudeurs étaient originaires de Strasbourg. Ce fut sous cette impression défavorable que Napoléon arriva à Paris. Le ministre de la Justice, circonvenu de tous côtés, lui proposa de soumettre de nouveau tous les Juifs de France à des lois d’exception. Cette tentative de réaction fut énergiquement appuyée par les ultra-catholiques, que gênait toute liberté, surtout la liberté de conscience. A la tête de cette coterie se trouvaient alors le vicomte de Bonald, Chateaubriand et de Fontanes. De Bonald surtout voyait dans la liberté des Juifs une injure au catholicisme, et il exhortait ses concitoyens à imiter les Allemands, qui avaient bien consenti à abolir le péage corporel, mais avaient laissé en vigueur toutes les autres lois d’exception. Henrich Graetz; Histoire des Juifs TROISIÈME PÉRIODE ; LA DISPERSION Troisième époque ; La décadence Chapitre XV, Le Sanhédrin de Paris et la Réaction (1806-1815) Date de création : 05/09/2007 - 07:11 Utilisez la librairie
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