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d'histoire des Juifs
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Henrich Graëtz - La question juive devant Napoléon

A l'époque de la révolution, l'opposition à l'émancipation des Juifs se concentre en Alsace. Les années qui précèdent l'avènement au pouvoir de Napoléon voient se cristalliser les sentiments antisémites dans cette région autour de la question des créances dues au Juifs. C'est sous cet angle que Napoléon aborde la question juive dont il espère changer les données.




Ému par toutes ces clameurs, Napoléon décida de soumettre la législation concernant les Juifs à l’examen du Conseil d’État. Un jeune auditeur, le comte Molé, qu’on disait issu de Juifs, fut chargé de présenter un rapport sur cette question. A la grande surprise des conseillers d’État, Molé épousa les rancunes du parti catholique et réactionnaire et conclut à la nécessité d’enlever à tous les Juifs de France les droits civils que la Révolution leur avait accordés et de prendre contre eux des mesures restrictives. Ce rapport fuit accueilli avec froideur par la majorité du Conseil, qui ne pouvait admettre qu’on touchât à la liberté des citoyens. Pourtant, sur le désir de Napoléon, qui y attachait une grande importance, cette question fut discutée dans une séance plénière du Conseil d’État (avril 1806).

La cause des Juifs fut plaidée au Conseil, devant l’empereur, par un homme très libéral, M. Beugnot. Il se montra malheureusement, dans cette discussion, emphatique et déclamateur; ce qui impatienta Napoléon. Une phrase surtout irrita l’empereur. Beugnot déclara qu’enlever aux Juifs leurs droits équivaudrait à une bataille perdue sur le terrain de la justice. Napoléon s’emporta, parla des Juifs comme aurait pu le faire Fichte ou Grattenauer, dénonçant leur avarice, leur improductivité, soutenant qu’ils formaient un État dans l’État et niant qu’ils pussent être placés sur le même rang que les catholiques et les protestants.

Courageusement, Regnault de Saint-Jean d’Angely et le comte de Ségur appuyèrent l’opinion de Beugnot. Ils firent remarquer qu’à Bordeaux, à Marseille, ainsi qu’en Hollande et dans les villes italiennes annexées à la France, les Juifs étaient très considérés et qu’il serait inique de les rendre tous responsables des fautes reprochées aux Juifs d’Alsace. Ces réflexions si sages calmèrent Napoléon. On avait aussi appelé l’attention de l’empereur sur les importants progrès réalisés en si peu de temps par les Juifs dans les arts, les sciences, l’agriculture et les professions manuelles, et on lui en avait signalé un certain nombre qui, pour leur courage militaire, avaient obtenu des pensions ou avaient été promus dans l’ordre de la Légion d’honneur.

Dans la seconde séance du Conseil d’État (7 mai 1806), Napoléon se montra bien radouci. Non pas que ses préjugés à l’égard des Juifs eussent complètement disparu, mais il semblait décidé à interdire toute persécution contre eux et à maintenir leur égalité civile. Il rendit pourtant un décret prescrivant pour les Juifs d’Alsace des dispositions exceptionnelles, mais transitoires. Ce décret (30 mai 1806) suspendait pour un an l’exécution des jugements rendus en faveur des créanciers juifs en Alsace et dans les provinces rhénanes récemment annexées à la France. Par ce même décret, l’empereur convoqua à Paris une assemblée de notables juifs de tous les points de l’empire français pour délibérer sur les moyens d’améliorer la nation juive et de répandre parmi ses membres le goût des arts et des métiers utiles. Dans le préambule de ce décret, Napoléon fait remarquer combien il est urgent de ranimer, parmi ceux qui professent la religion juive dans les pays soumis à notre obéissance, les sentiments de morale civile qui, malheureusement, ont été amortis chez un grand nombre d’entre eux par l’état d’abaissement dans lequel ils ont trop longtemps langui, état qu’il n’entre point dans nos intentions de maintenir ni de renouveler.



Henrich Graetz; Histoire des Juifs
TROISIÈME PÉRIODE ; LA DISPERSION
Troisième époque ; La décadence
Chapitre XV, Le Sanhédrin de Paris et la Réaction (1806-1815)


Date de création : 05/09/2007 - 07:13
Dernière modification : 05/09/2007 - 07:13
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