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d'histoire des Juifs |
Henrich Graëtz - Contre l'émancipation en Allemagne
Les Juifs d’Allemagne ne jouirent pas longtemps de la liberté civile que les divers États de la Confédération leur avaient accordée. Après la défaite de Napoléon en 1814, on s’efforça presque partout de remettre en vigueur la législation inique dont ils avaient si longtemps souffert.
![]() Stein, un adversaire de l'émancipation Pourtant, sur les champs de bataille, les jeunes gens juifs avaient mêlé leur sang à celui des chrétiens pour défendre leur pays. En Prusse surtout, de nombreux Juifs, animés d’un ardent patriotisme, s’étaient enrôlés dans les corps de volontaires. Bien des médecins et des chirurgiens juifs avaient succombé dans les hôpitaux et les ambulances, où ils étaient accourus pour donner leurs soins aux malades et aux blessés. Les femmes et les jeunes filles juives s’étaient empressées, comme les chrétiennes, à apporter leur dévouement et leurs consolations, pendant la guerre, partout où cela avait été nécessaire. Rien n’y fit. Dès que les armées françaises eurent quitté le sol allemand, la haine du Juif se réveilla avec une nouvelle intensité. Le mouvement de réaction contre les Juifs commença dans les villes libres. Ce fut Francfort qui donna le signal. A peine les Français furent-ils sortis de la ville que les patriciens, revenus au pouvoir, enlevèrent aux Juifs les droits civils qu’ils avaient obtenus et les soumirent de nouveau à l’ancienne législation (janvier 1814). Le baron de Stein, qui, pour des raisons militaires, avait tout pouvoir sur l’administration de Francfort, aurait pu s’y opposer ; mais, par haine pour Napoléon et pour tout ce qui avait été fait en Allemagne sous la domination française. Stein détestait également les lois qui avaient proclamé l’égalité des Juifs. Un seul mot de lui aurait suffi pour faire maintenir aux Juifs tous leurs droits ; ce mot, il ne le prononça pas. Le Sénat provisoire décida donc (19 juillet 1814) que la question relative aux droits civils et municipaux des Juifs était réservée. En réalité, on voulait de nouveau traiter les Juifs en serfs de la chambre impériale, limiter leur activité et les rejeter dans la Judengasse. A l’exemple de Francfort, les trois villes hanséatiques de l’Allemagne résolurent également de ne pas maintenir aux Juifs la liberté qu’ils avaient obtenue. Mais, pendant qu’à Francfort les patriciens avaient été les premiers à manifester leur haine à l’égard des Juifs, à Hambourg le Sénat leur était, au contraire, favorable. Il comptait sur eux pour rendre son ancienne prospérité au commerce ruiné par la guerre. Par contre, les masses leur témoignaient de la malveillance et réclamaient le retour aux lois d’exception. A Lubeck et à Brême, on voulais expulser totalement. Le Hanovre, Hildesheim, le Brunswick, la Hesse leur enlevèrent également leurs droits. Cette fois encore, l’Allemagne se montra plus inique et plus cruelle envers les Juifs que la France. Dans ce pays, où dominaient alors, à la cour de Louis XVIII, les partisans d’une violente réaction qui considéraient comme non avenu tout ce qui s’était fait depuis 1789, on ne toucha pas aux droits des Juifs. On proclama le catholicisme religion d’État, mais les Juifs restèrent citoyens. Lorsque le Congrès de Vienne se réunit en 1814 pour régler les affaires de l’Europe, les Juifs d’Allemagne, menacés dans leur liberté, leur honneur et même leur sécurité, sollicitèrent son intervention en leur faveur. Les Juifs de Francfort envoyèrent deux délégués à Vienne pour soumettre au Congrès un Mémoire où ils exposaient que le Sénat devait être forcé de leur maintenir les droits qu’ils avaient reçus, parce qu’ils avaient versé une somme considérable en échange de ces droits, et aussi parce qu’ils s’en niaient rendus dignes par leur patriotisme. Les démarches des délégués furent appuyées secrètement par la maison de banque Rothschild, qui était alors déjà fort puissante, et par la baronne juive Fanny d’Arnstein, qui était en relations avec la plupart des membres du Congrès. Parmi les membres qui représentaient l’Allemagne, deux des plus influents, Hardenberg et Metternich, étaient favorables à la demande des Juifs. Ils écrivirent (1815) aux villes hanséatiques pour blâmer leurs procédés à l’égard des Juifs et ils conseillèrent au Sénat de les traiter avec humanité et justice. Henrich Graetz; Histoire des Juifs TROISIÈME PÉRIODE ; LA DISPERSION Troisième époque ; La décadence Chapitre XV, Le Sanhédrin de Paris et la Réaction (1806-1815) Date de création : 05/09/2007 - 07:23 Utilisez la librairie
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