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d'histoire des Juifs
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Henrich Graëtz - Début d'émancipation en Allemagne
Pendant qu’en France, en Hollande, en Italie et dans toutes les régions conquises par les Français, les Juifs étaient émancipés, on les maintenait dans une situation inférieure eu Autriche, en Prusse et dans les nombreuses petites principautés allemandes. Malgré la publication de Nathan le Sage et du Mémoire de Dohm, les préjugés persistaient à leur égard.


On eût dit que les Allemands cherchaient à se consoler de l’asservissement dans lequel les tenaient le clergé et l’État en humiliant et en maltraitant les Juifs. A Bertin même, dans cette ville qui se prétendait si éclairée, les médecins juifs, quelle que fût leur réputation, ne pouvaient pas figurer sur la même liste que leurs collègues chrétiens. Deux écrivains célèbres de cette époque, le grand poète Gœthe et le profond penseur Fichte, proclamaient leur antipathie pour les Juifs. Quoique ennemis des croyances de l’Église, quoique athées, ils détestaient les Juifs au nom de Jésus. Fichte surtout se prononçait énergiquement contre leur émancipation.

Ils trouvèrent pourtant alors, en Allemagne, deux défenseurs convaincus, qui plaidèrent chaleureusement leur cause devant le Congrès de Rastadt. L’un publia, sous le voile de l’anonymat, un intéressant écrit où il raillait avec beaucoup de verve l’étroitesse d’esprit et la sottise des adversaires des Juifs. L’autre, appelé Chrétien Grund, exposa avec une émotion communicative les iniquités dont souffraient les Juifs. Ils s’efforcèrent en même temps d’agir sur l’opinion publique, afin d’appuyer la démarche tentée par les Juifs hollandais auprès du Congrès de Rastadt pour lui faire exercer une pression morale sur les princes allemands en faveur de leurs sujets juifs. Mais les divers États de l’Allemagne opposèrent une résistance obstinée.

C’était surtout l’obligation de payer le péage personnel (leibzoll), inconnu même de nom en dehors des pays allemands, qui révoltait les Juifs. Car par cette taxe, ils étaient presque rabaissés au rang d’animaux. L’empereur Joseph l’avait bien abolie en Autriche et Frédéric-Guillaume II en Prusse. Mais elle continuait à être prélevée dans l’Allemagne centrale et occidentale, dans les régions du Mein et du Rhin, où de nombreux États minuscules se touchaient. II en résultait que, dans une seule journée, un Juif traversait parfois plusieurs de ces petits pays et, par conséquent, était contraint de payer plusieurs fois cette taxe. Non pas qu’elle fût très élevée, elle n’était souvent que de quelques kreutzers, mais elle exposait les Juifs, de la part des autorités, aux plus injurieux traitements.

Le péage personnel disparut avec l’entrée des armées françaises en Allemagne. Mais, après la paix de Lunéville, les petites principautés le rétablirent. Elles en exigeaient même le payement des Juifs français que leurs affaires appelaient de l’autre côté du Rhin, invoquant cette clause du traité de Campoformio que, provisoirement, aucune modification ne serait apportée aux conventions réglant les relations commerciales de l’Autriche et de la France. Mais les Juifs français refusaient de se soumettre à cette humiliation. A la suite de pressantes réclamations, le commissaire du gouvernement, Jollivet, invita les représentants de la République française aux cours allemandes à ne pas tolérer qu’on exigeât des Juifs français le payement du péage personnel. Un certain nombre de princes tinrent compte des protestations de la France, mais leurs sujets juifs restèrent soumis à cette taxe.

Lorsque, à la suite du traité de paix de Lunéville, une Conférence se réunit à Ratisbonne, pour délibérer sur les affaires de l’Empire, les Juifs lui adressèrent une requête pour obtenir les droits de citoyen passif (15 novembre 1802). Ils demandaient qu’on supprimât les restrictions dont ils souffraient encore, qu’ils ne fussent plus astreints à demeurer dans des quartiers spéciaux, qu’il leur fût permis de s’occuper librement de leurs affaires, et, en général, qu’on les assimilât aux autres Allemands. Ils invoquèrent l’exemple de la France et de la Hollande. Contre leur attente, leur requête fut présentée et appuyée par un des membres les plus considérables de la Conférence, le délégué de l’Autriche (vers la fin de 1802). Mais des questions plus urgentes absorbaient alors l’attention de la Conférence ; la pétition des Juifs ne fut pas examinée.

Cet échec ne les découragea point. Voyant qu’ils ne réussissaient pas en s’adressant à ceux qui représentaient la Confédération allemande, ils résolurent de tenter des démarches auprès de chaque prince en particulier. Deux Juifs surtout méritèrent bien de leurs coreligionnaires dans cette circonstance, Israël Jacobson (né à Halberstadt en 1769 et mort à Berlin en 1828) et Wolf Breidenbach (né près de Cassel en 1751 et mort à Offenbach en 1824), Jacobson, qui était agent financier du duc de Brunswick, obtint de ce prince l’abolition du péage corporel dans ses États de Brunswick-Lunebourg (1803). L’intervention de Wolf Breidenbach fut plus féconde encore. C’était un homme d’une grande élévation de sentiments et d’une rare modestie, qui avait formé son esprit et son cœur par l’étude des oeuvres de Mendelssohn et des Measfim. Pauvre étudiant talmudiste à Francfort, il sortit de son obscurité grâce à son habileté au jeu d’échecs. Un personnage influent, prince ou baron, qui aimait ce jeu passionnément, se lia arec lui et lui avança ensuite des fonds pour lui permettre de s’établir comme joaillier et changeur. Devenu riche, Breidenbach résolut d’user de son crédit pour faire abolir le leibzoll partout où il pesait encore sur les Juifs. Comme il prévoyait qu’il aurait besoin de beaucoup d’argent pour atteindre son but, il adressa un appel à ses coreligionnaires d’Allemagne et d’autres pays (septembre 1803). Il entreprit alors des démarches actives auprès des princes réunis à la diète de Ratisbonne, et, grâce à ses efforts persévérants et à son énergie, grâce aussi à l’appui du chancelier Dalberg, il obtint la suppression du péage corporel dans les provinces rhénanes et en Bavière. Même à Francfort, le Sénat, d’ordinaire si malveillant pour les Juifs, consentit, sur les instances de Breidenbach, à abolir la taxe spéciale que les Juifs devaient payer en entrant par une des portes de la ville ou en traversant le pont.


Henri Graetz; Histoire des Juifs
TROISIÈME PÉRIODE; LA DISPERSION
Quatrième période; Le relèvement
Chapitre XIV; La Révolution française et l’émancipation des Juifs; (1789-1806)

Date de création : 05/09/2007 - 07:34
Dernière modification : 05/09/2007 - 07:34
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