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d'histoire des Juifs |
Henrich Graëtz - Wessely, un réformateur
En même temps que Mendelssohn glorifiait ainsi le judaïsme et s’appliquait, soit par ses propres ouvrages, soit par ceux de ses amis, à améliorer la situation des Juifs, il s’occupait aussi de leur relèvement intellectuel et moral. Dans cette dernière tâche, il fut puissamment aidé par Wessely.
![]() Wessely Hartwig ou Naphtali-Herz Wessely (né à Hambourg en 1725, mort en 1805), était un esprit original, à la fois enthousiaste et plein de sang-froid. La tâche qu’il s’imposa fut d’étudier la Bible hébraïque et d’en pénétrer le sens. Comme Mendelssohn, il s’était instruit sans maîtres, et, dès sa jeunesse, s’étaient manifestés chez lui le sentiment du beau et le goût d’un langage pur et châtié. Il avait encore un autre point de ressemblance avec Mendelssohn. Lui aussi était d’un caractère élevé, d’une loyauté scrupuleuse et d’une grande dignité, mais il était moins conciliant, moins souple, moins doux. Raide, compassé, pédant, il avait plus d’érudition que de profondeur de pensée. Ce fut Mendelssohn qui le fit sortir de son obscurité. La communauté de Trieste, composée surtout de Juifs italiens et portugais, qui manifestaient moins d’aversion pour les sciences profanes que leurs coreligionnaires allemands, avait demandé au comte Zinzendorf, gouverneur de la ville, de l’éclairer de ses conseils pour l’organisation des écoles, telles que les désirait l’empereur Joseph. Zinzendorf l’engagea à s’adresser à Mendelssohn. Celui-ci signala alors à Joseph Hayyim Galaigo, délégué de la communauté de Trieste, les efforts tentés par son ami Wessely pour faire appliquer par ses coreligionnaires la loi édictée par Joseph II, et il lui recommanda de se mettre en relations avec lui. Wessely avait, en effet, écrit un vrai dithyrambe en l’honneur de cette loi, parce qu’il en attendait les meilleurs résultats pour le judaïsme. Aussi, quand il apprit que les rigoristes de Vienne déploraient presque cette ordonnance de l’empereur comme une violation de conscience, envoya-t-il aux communautés d’Autriche une lettre hébraïque : Paroles de paix et de vérité (mars 1782), où il démontrait que c’était une obligation religieuse pour les Juifs d’acquérir une culture générale. Il traçait en même temps une sorte de programme d’études qui devait conduire graduellement la jeunesse juive de l’enseignement élémentaire jusqu’au Talmud. Son enthousiasme pour les réformes de Joseph II lui attira la colère des ultra-orthodoxes. Riais, comme il défendait, en réalité, les idées de Joseph IM, ceux-ci n’osèrent pas l’attaquer ouvertement. Ils essayèrent simplement d’exciter contre lui quelques rabbins polonais pour faire condamner sa lettre et le frapper lui-même d’anathème. Hirschel, rabbin de Berlin, tenta aussi de le rendre suspect à ses coreligionnaires. Mais la communauté de Berlin était trop imprégnée de l’esprit de Mendelssohn pour prendre parti contre Wessely. Malgré cet échec, les rigoristes continuèrent leurs attaques contre Wessely, et ils réussirent à faire brûler publiquement sa lettre à Lissa. Cet acte de fanatisme froissa vivement les esprits libéraux. A Trieste, à Ferrare, à Venise, les rabbins se prononcèrent avec énergie en faveur de Wessely. Dans plusieurs villes, et même à Prague, les Juifs fondirent des écules pour y organiser le nouvel enseignement. En réalité, les orthodoxes, dans leur haine contre les innovations, voyaient plus juste que Mendelssohn et Wessely. Ces deux nobles esprits, profondément attachés au judaïsme, espéraient provoquer, par leurs réformes, l’abolition des abus que le temps et les circonstances y avaient introduits ; ils ne se doutaient pas qu’ils l’ébranleraient jusque dans ses fondements. Wessely, toujours maltraité par la destinée, eut encore la douleur de voir porter les coups les plus violents aux principes mêmes de la religion qu’il vénérait. Ce chagrin fut épargné à Mendelssohn. Il se préparait à écrire l’apologie de Lessing pour le présenter à la postérité dans toute sa gloire, quand il apprit de Jacobi que, peu de temps avant sa mort, son ami s’était déclaré partisan de la philosophie de Spinoza. Lessing spinoziste ! Mendelssohn en fut profondément affecté. La tristesse qu’il en ressentait hâta certainement sa fin. Il mourut le 4 janvier 1786. Au moins n’eut-il pas la douleur de voir une de ses filles abandonner son mari et ses enfants pour s’enfuir avec un amant, une autre embrasser le christianisme, et un de ses fils livrer ses enfants à l’Église. La mort de Mendelssohn fut un deuil non seulement pour tous ses coreligionnaires allemands, mais aussi pour de nombreux chrétiens de Berlin et d’autres villes. Ses amis chrétiens Nicolaï, Biester et Engel, précepteurs du prince-héritier Frédéric-Guillaume III, unirent leurs efforts à ceux de ses admirateurs juifs pour essayer de lui faire élever une statue sur la place de l’Opéra, à Berlin, à côté de celles de Leibniz, de Lambert et de Sulzer. L’enfant du modeste scribe de Dessau était devenu une des gloires de la capitale prussienne. Henri Graëtz; Histoire des Juifs TROISIÈME PÉRIODE; LA DISPERSION Quatrième période; Le relèvement Chapitre XII ; Moïse Mendelssohn et son temps ; (1760-1786) Date de création : 05/09/2007 - 07:51 Utilisez la librairie
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