Catégories historiques

Fermer Bible

Fermer Judaïsme

Fermer Judée-Palestine

Fermer Diaspora

Fermer Juifs et non-Juifs

Fermer Antisémitisme

Fermer Shoah

Fermer Sionisme

Fermer Etat d'Israël

Fermer Conflit israélo-arabe

Fermer Personnages

Newsletter
d'histoire des Juifs
Pour avoir des nouvelles de ce site, inscrivez-vous à notre Newsletter.
S'abonner
Se désabonner
3803 Abonnés
Henri Graetz - Histoire des Juifs - Formation des communautés Marranes à Amsterdam, à Hambourg et à Bordeaux

TROISIÈME PÉRIODE — LA DISPERSION
Troisième époque — La décadence

Chapitre VI — Formation des communautés Marranes à Amsterdam, à Hambourg et à Bordeaux — (1593-1648).





A la fin du XVIe siècle, aucun pays d’Europe et d’Asie, chrétien ou musulman, n’offrait plus de séjour sûr aux Juifs, lorsque, comme par une intervention spéciale de la Providence, un asile inespéré s’ouvrit à eux dans les États de leur plus implacable ennemi, le roi Philippe Il d’Espagne. Ce fut mime l’Inquisition, dont ils avaient eu tant à souffrir, qui contribua, bien involontairement, à la création de cet asile. Le pays où les malheureuses victimes du fanatisme et de l’intolérance trouvèrent alors un refuge fut la Hollande. Mais que de péripéties avant que ce coin de terre, conquis sur les flots, pût devenir un abri pour les Juifs !

Sous le règne de Charles-Quint, les Juifs des Pays-Bas furent soumis à la législation inique édictée contre leurs coreligionnaires d’Espagne. Chaque bourgeois fut tenu de dénoncer aux autorités la présence des Juifs qu’il connaissait. Comme on craignait par-dessus tout de fournir au souverain espagnol un prétexte à introduire l’Inquisition dans les Pays-Bas, on exécuta strictement ses ordres contre les Juifs, et c’est ainsi que plusieurs familles marranes, venues du Portugal et établies à Anvers, à Bruxelles et à Gand, furent atteintes par les lois rigoureuses de Charles-Quint.

Pourtant les Pays-Bas, entourés de pays protestants et habités en partie par des hérétiques protestants, n’échappèrent pas au danger dont ils se sentaient menacés ; ils eurent l’Inquisition. Ce fut là un des motifs qui les poussèrent à se révolter contre l’Espagne et qui donnèrent naissance à cette lutte héroïque d’où l’Espagne sortit si amoindrie et la hollande si grande.

Les Marranes portugais, à qui le temps n’avait encore pu faire oublier ni leur origine ni les croyances de leurs aïeux, suivirent naturellement les péripéties de cette lutte avec une attention anxieuse. Dès les premiers indices du déclin de la puissance espagnole, après la défaite de la fameuse flotte invincible envoyée contre l’Angleterre, l’espoir de pouvoir de nouveau pratiquer librement le judaïsme s’était réveillé dans leur cœur avec une nouvelle force. Quand, à la suite de la politique intolérante des successeurs du pape Paul III, l’Italie leur eut été également fermée tout entière, ils mirent toute leur espérance dans le triomphe des Pays-Bas.

Dès l’année 1591, un Juif du nom de Samuel Pallache, envoyé comme consul dans les Pays-Bas par le souverain du Maroc, demanda au Magistrat de Middelburg, dans la province de Zélande, d’autoriser quelques Marranes à s’établir dans cette ville et à y pratiquer ouvertement le judaïsme. Le Magistrat, convaincu que la présence de ces Marranes actifs et industrieux serait d’une grande utilité pour la cité, était tout disposé à accueillir la demande de Pallache, mais il en fut empêché par les prédicateurs protestants, que la lutte soutenue contre l’Espagne pour l’indépendance et la liberté de conscience avait rendus également fanatiques et intolérants.

Malgré ce premier échec, les Marranes de l’Espagne et du Portugal continuèrent à attendre leur salut des Pays-Bas, dont ils partageaient la haine pour l’Espagne et son roi Philippe Il. Ils se rappelaient avec quelle généreuse ardeur Guillaume d’Orange avait toujours prêché la tolérance, et, quoique ses conseils n’eussent pas encore été suivis, ils ne désespéraient pas de les voir mis à exécution par les Pays-Bas. Une femme marrane de grand cœur, Mayor Rodriguez, semble avoir cherché à faciliter leur établissement en Hollande. Ayant appris que des Marranes, sous la direction d’un certain Jacob Tirado, allaient s’embarquer au Portugal pour émigrer, elle leur confia sa fille, Marie Nunès, et son fils. Comme Marie était d’une remarquable beauté, sa mère espérait qu’elle pourrait se rendre utile aux émigrants, qui étaient au nombre de dix, hommes, femmes et enfants. Ses prévisions se réalisèrent. Capturés par un navire anglais qui faisait la chasse au pavillon hispano-portugais, les fugitifs furent emmenés en Angleterre. Le capitaine du navire fut séduit par la beauté de Marie Nunès, qu’il prenait pour une jeune fille de haute noblesse, et lui offrit sa main. Quoique le capitaine fût duc, Marie refusa son offre. Bientôt il ne fut question à Londres que de la belle Portugaise, au point que la reine Elizabeth exprima le désir de la connaître. Appelée à la cour, Marie fut invitée par la reine à parcourir avec elle les rues de la capitale dans un carrosse découvert. Ce fut sans doute à son influence que les Marranes durent de pouvoir repartir d’Angleterre pour la hollande. Surpris par une tempête, les fugitifs se réfugièrent dans le port d’Emden. On ne trouvait alors dans cette ville, comme, en général, dans tout l’est du pays de Frise, qu’un petit nombre de Juifs allemands.

Ayant remarqué des lettres hébraïques gravées sur la façade d’une maison, Jacob Tirado, le chef des Marranes, y entra. C’était la demeure d’un Juif instruit, Moïse Uri Hallévi. Tirado lui fit part de son projet de retourner au judaïsme avec ses compagnons. Craignant que dans une petite ville comme Emden un tel événement ne causât trop de sensation et n’attirât sur les Juifs la colère de la population, Moïse Uri conseilla aux Marranes de se rendre à Amsterdam, où il promit de les rejoindre avec sa famille et de les instruire dans la religion de leurs pères. Ils se rendirent donc à Amsterdam (22 avril 1593), s’établirent tous dans le même quartier et, après l’arrivée de Moïse Uri, embrassèrent le judaïsme.

Peu de temps après, grâce au zèle de Jacob Tirado, de Samuel Pallache et d’un poète marrane de Madère, Jacob Israël Belmonte, qui avait composé un poème intitulé Job sur les cruautés de l’Inquisition, les nouveaux arrivés organisèrent une synagogue avec le concours de Moïse Uri et de son fils. De nouvelles recrues vinrent bientôt agrandir la jeune communauté. Sous la direction du comte d’Essex, la flotte anglaise s’était, en effet, emparée de Cadix, y avait recueilli quelques Marranes et les avait transportés en Hollande. Parmi ces Marranes se trouvait un homme d’un esprit original et de souche noble, Alonso de Herrera, qui comptait parmi ses aïeux le célèbre capitaine Gonzalve de Cordoue, le conquérant de Naples. Il habitait Cadix en qualité de résident espagnol quand cette ville fut prise par les anglais. Fait prisonnier, il obtint sa liberté, se rendit à Amsterdam et retourna au judaïsme sous le nom d’Abraham de Herrera. Séduit par les doctrines mystiques de Louria, il s’adonna avec ardeur à l’étude de la Cabale et traduisit un ouvrage cabalistique en portugais.

Au commencement, les Marranes pratiquèrent le culte mosaïque en cachette. Depuis leur arrivée à Amsterdam, ils célébraient pour la quatrième fois la fête de l’Expiation (octobre 1596), quand leurs voisins chrétiens furent frappés de voir des formes voilées se glisser furtivement dans la même maison. Croyant à une conspiration de papistes, ils dénoncèrent le fait aux magistrats. Pendant que les arcanes étaient absorbés dans leurs prières, des hommes armés pénétrèrent dans la synagogue et en gardèrent toutes les issues. Moïse Uri et son fils, qui fonctionnaient comme officiants, furent incarcérés. A la fin, Tirado put expliquer en latin aux autorités que l’assistance était composée, non pas de papistes, mais de Juifs échappés aux fureurs de l’Inquisition, qui apportaient au commerce d’Amsterdam le concours de leurs capitaux et leur expérience des affaires. Les paroles de Tirado firent impression sur les autorités, qui ordonnèrent immédiatement la mise en liberté des prisonniers, et l’assemblée put achever la célébration de la fête.

Une fois leur religion connue, les fugitifs portugais sollicitèrent des magistrats l’autorisation de construire une synagogue et d’y célébrer publiquement leur culte. Après de longs pourparlers, l’autorisation fut accordée. Jacob Tirado acheta un terrain et y éleva la première synagogue de l’Europe septentrionale (1598), qu’il appela Bèt Jacob, liaison de Jacob, et que la petite communauté inaugura au milieu du plus grand enthousiasme.

Bientôt, d’autres Marranes quittèrent secrètement l’Espagne et le Portugal pour rejoindre leurs coreligionnaires en Hollande. Mayor Rodriguez Homem, la femme vaillante qui avait fait partir sa fille, Marie Nunès, avec les premiers émigrants, vint à Amsterdam avec ses deux plus jeunes enfants (vers 1598). Vers la même époque, une autre famille considérée se rendit également du Portugal dans cette ville, la famille Franco Mendès. Les deux frères Francisco Mendès Medeyros et Christoval Mendès Franco, dont le premier prit le nom juif d’Isaac et le second celui de Mordekhaï, jouèrent plus tard un rôle important dans la communauté d’Amsterdam, mais ils y occasionnèrent aussi des dissensions.

Philippe II, qui mourut en septembre 1598, put encore voir les deux peuples qu’il haïssait peut-être le plus, les habitants des Pays-Bas et les Juifs, se prêter un mutuel appui pour détruire l’œuvre dont il avait poursuivi la réalisation avec tant d’acharnement. La Hollande, ennemie de l’intolérance et du despotisme, assura aux Juifs portugais la liberté religieuse. Par contre, les Juifs aidèrent la Hollande à guérir les maux que sa lutte contre le roi d’Espagne avait attirés sur elle, ils lui fournirent les capitaux qui lui permirent d’enlever au Portugal, allié de l’Espagne, le commerce des Indes et de créer au delà des mers ces grandes compagnies qui firent sa richesse. Les accointances secrètes des Juifs portugais avec les Marranes établis dans les Indes favorisèrent également les entreprises dès Hollandais.

Il se produisit alors à Lisbonne un incident qui réveilla chez les Marranes les plus tièdes le désir de revenir au judaïsme. En moine franciscain, Diogo de la Asumção, fut amené par une étude attentive de la Bible à croire à la vérité du judaïsme et à nier les dogmes chrétiens, et il exprima ouvertement ses convictions. L’Inquisition le fit jeter en prison, et, après une détention d’environ deux ans, il fut brûlé vif à Lisbonne (août 1603), en présence du vice-roi. En même temps que lui, furent bridés d’autres hérétiques, et, entre autres, une femme marrane, Thamar Barocas, qui avait probablement été en rapports avec Diogo.

En apprenant le martyre subi avec un courage héroïque par un moine chrétien pour la foi juive, les Marranes portugais furent profondément impressionnés et aspirèrent avec une nouvelle ardeur à observer publiquement le judaïsme. Insouciants du danger qui les menaçait, ils pratiquaient ouvertement les rites juifs. Un jeune poète, David Yesouroun, qui, dès son enfance, avait été surnommé dans sa famille le petit poète, célébra avec enthousiasme, dans un sonnet portugais, la mort glorieuse de Diogo de la Asumção. Pour échapper à la colère de l’Inquisition, il se réfugia à Amsterdam. Là, il fut émerveillé de la situation heureuse des Juifs, et il chanta la nouvelle Jérusalem dans des vers espagnols d’une superbe allure. Un autre jeune poète marrane, Paul de Pina, tout prêt à se faire moine, fut déterminé par le martyre de Diogo à se rendre à Amsterdam pour y embrasser le judaïsme. Il prit le nom juif de Rohel Yesouroun et devint un des plus notables membres de la communauté d’Amsterdam.

Ce réveil de la foi juive parmi les Marranes portugais exaspéra le Saint-Office, qui en fit incarcérer cent cinquante et les condamna à mort. Hais le régent du Portugal s’émut à la pensée d’un si épouvantable autodafé. A la cour d’Espagne aussi, des Marranes intervinrent énergiquement. L’État leur devait des sommes considérables. Ils offrirent au roi Philippe III de renoncer à leurs créances et de lui donner en plus une somme de 1.200.000 crusados (environ 3.000.000 de francs) s’il empêchait l’exécution des inculpés. Ils gagnèrent aussi les conseillers royaux à leur cause. Sur les instances du souverain espagnol, le pape Clément VIII consentit à se souvenir que déjà ses prédécesseurs Clément VII et Paul III avaient accordé l’absolution aux ,Marranes portugais, et, par une bulle du 23 août 1604, il gracia tous les condamnés. L’Inquisition, au lieu de brûler les Marranes, se contenta de les faire conduire près du bûcher en vêtements de pénitents et de les obliger à faire l’aveu public de leurs fautes (10 janvier 1606). Rendus à la liberté, beaucoup de ces Marranes allèrent se fixer en Hollande, notamment Joseph ben Israël, qui emmena avec lui son enfant, devenu célèbre plus tard sous le nom de Manassé ben Israël.

La jeune communauté d’Amsterdam s’accrut rapidement à la suite de l’arrivée de ces groupes de Marranes. Moïse Uri seul fit entrer deux cent quarante-huit personnes dans le judaïsme. On appela alors de Salonique un rabbin sefardi, Joseph Pardo, qui composa en espagnol un ouvrage d’édification. Ce livre, destiné à des lecteurs plus familiarisés avec le catholicisme qu’avec le judaïsme, a presque un caractère chrétien. Bientôt, la synagogue Bèt Jacob, élevée par Tirado, devint insuffisante, et Isaac Francisco Mendès Medeyros en édifia une seconde (1608), avec le concours de sa famille ; elle fut appelée Nevé Schalom. Cette deuxième synagogue eut à sa tête un rabbin, Isaac Uziel (mort en 1620), qui comprenait admirablement l’état d’esprit particulier de ces chrétiens judaïsés et les dirigea avec une grande habileté. Poète, grammairien, mathématicien, il se distinguait surtout par une éloquence pénétrante et persuasive, dont il usa pour détacher peu à peu ses auditeurs de leurs habitudes catholiques et leur enseigner le vrai judaïsme. Sans ménagement pour les plus riches et les plus influents, il s’attira leur haine. De là, de graves dissensions dans la communauté.

En possession de ses deux synagogues, la communauté d’Amsterdam acquit ensuite un cimetière dans le voisinage de la ville, à Oudekerk (avril 1614). Le premier mort qu’on y enterra fut Manuel Pimentel, en hébreu Isaac Abenuacar, familier de Henri IV, roi de France, dont il fut fréquemment le partenaire au jeu et qui l’avait surnommé le roi des joueurs. Deux ans plus tard, on ensevelit dans ce cimetière un personnage considérable, Elia Felice Montalto, ancien Marrane qui avait embrassé le judaïsme. C’était un médecin habile et un élégant écrivain, qui avait habité Livourne, Venise et, en dernier lieu, Paris, comme médecin de la reine Marie de Médicis ; il mourut pendant qu’il se trouvait à Tours avec la cour de France (février 1616). Sur l’ordre de la reine, son corps fut embaumé et transporté au cimetière d’Oudekerk, accompagné de son oncle, de son fils et de son élève Saül Morteira. Pendant un certain temps, les Juifs d’Amsterdam durent payer une taxe aux autorités ecclésiastiques pour chaque mort qu’ils enterraient dans leur cimetière.

En général, dans les premières années de leur séjour à Amsterdam, les Juifs furent en butte à la suspicion des hollandais. On craignait qu’ils ne servissent d’espions à l’Espagne. Même quand ils eurent manifestement prouvé leur haine contre la Péninsule ibérique, où ils avaient tant souffert, ils ne furent que difficilement tolérés. Les combats que les bourgeois protestants avaient soutenus pour leurs croyances et les luttes intestines de secte à secte les avaient mai préparés à supporter une autre confession à côté de la leur. Mais peu à peu, on apprécia l’utilité incontestable, pour le commerce d’Amsterdam, de leurs capitaux et de leur expérience, ils se firent aussi estimer pour la culture de leur esprit, la dignité de leur tenue et l’élégance de leur langage. Même leurs noms pompeux, qui rappelaient la plus vieille noblesse castillane et qu’ils tenaient de leurs parrains chrétiens, contribuaient à leur donner un certain prestige aux yeux des bourgeois hollandais. En peu d’années, la communauté d’Amsterdam compta quatre cents familles, possédant trois cents maisons ; elle créa une imprimerie hébraïque, qui pouvait éditer des ouvrages hébreux sans les soumettre préalablement à la censure.

Jaloux des avantages que le séjour des Juifs assurait à Amsterdam, plusieurs princes chrétiens s’efforcèrent d’en attirer également dans leurs pays. Christian IV, roi de Danemark, sollicita des administrateurs de la communauté l’envoi d’un certain nombre de Juifs dans ses États, leur promettant d’autoriser l’exercice de leur culte et de leur accorder encore d’autres privilèges. Le duc de Savoie appela des Juifs portugais à Nice, et le duc de Modène à Reggio. Les Juifs trouvèrent ainsi, au milieu de l’Europe chrétienne, intolérante et fanatique, des asiles où ils purent de nouveau relever la tête et reconquérir peu à peu leur liberté.

La colonie juive d’Amsterdam, qui se grossit sans cesse de nouvelles recrues échappées aux fureurs de l’Inquisition d’Espagne et de Portugal, n’apporta pas seulement des avantages matériels à son pays d’adoption. Les réfugiés marranes étaient presque tous des gens cultivés, médecins, juristes, fonctionnaires de l’État, officiers; ils savaient, en général, le latin, avaient des connaissances variées et d’excellentes manières. L’un d’eux acquit une réputation européenne et entretint des relations avec d’illustres personnalités. C’était le célèbre médecin Abraham Zaccuto Lusitano (né en 1576 et mort en 1642), arrière-petit-fils de l’historien et astronome Abraham Zaccuto. Né à Lisbonne, de parents marranes, il s’était réfugié à Amsterdam, où il put revenir à la foi de ses pères. Il fut en correspondance avec le prince palatin Frédéric et son épouse si instruite, qui régnèrent quelques jours sur la Bohème et inaugurèrent la guerre de Trente ans. Des collâmes juifs et chrétiens célébrèrent ses louanges en prose et en vers, et, à en juger par ces documents, il semblerait qu’il n’existât aucun préjugé contre les Juifs. Les gouverneurs des Pays-Bas, les princes si libéraux de la maison d’Orange-Nassau, Maurice, Henri et Guillaume II, n’établissaient aucune différence entre les Juifs et les autres citoyens.

Dans toutes les circonstances, les Marranes manifestaient leur ardent amour pour cette religion juive qu’ils étaient si heureux de pouvoir enfin pratiquer librement; ils la chantaient en vers et la glorifiaient par leurs actes. Paul de Pina, ou, pour l’appeler par son nom juif, Rohel Yesouroun, composa en l’honneur de la première synagogue (Bèt Jacob) élevée à Amsterdam des strophes en langue portugaise, récitées par sept jeunes gens, où les montagnes de la Palestine, le Sinaï, Hor, Nebo, Garizim, Carmel, Zètim (mont des Oliviers) et Sion célèbrent tour à tour la grandeur du judaïsme et d’Israël. Mais à cet enthousiasme se mêle parfois, chez les Marranes, l’amer souvenir des tortures que l’Inquisition leur infligea, l’effrayante vision des sombres cachets et des flammes des bûchers. Ce double sentiment se trouve exprimé avec une vigoureuse éloquence dans l’imitation en vers espagnols qu’un poète marrane, David Abenatar (vers 1600-1625), publia des Psaumes de David.

L’impression si profonde que les Marranes avaient conservée de leurs anciennes souffrances les rendait plus accessibles à la pitié. Aussi multiplièrent-ils à Amsterdam, avec une généreuse libéralité, les institutions de bienfaisance et d’instruction, hôpitaux, orphelinats, sociétés de secours (hermandades). Mais, comme tous les hommes, à côté de leurs brillantes qualités, ils avaient leurs faiblesses. Beaucoup d’entre eux, nés et élevés dans le catholicisme, en avaient conservé les idées et les habitudes, même après leur conversion au judaïsme. Pour ces Marranes, les rites juifs avaient la même signification que les sacrements catholiques, et les rabbins étaient des confesseurs, pouvant donner l’absolution des péchés. Ils étaient donc convaincus de pouvoir faire leur salut tout en s’abandonnant à leurs appétits et à leurs passions, pourvu que le prêtre leur pardonnât leurs fautes. De là, un sérieux relâchement dans les mœurs. Les deux premiers rabbins d’Amsterdam, tenant compte de la situation particulière de ces nouveaux Juifs, leur témoignèrent une large indulgence. Hais leur successeur, Isaac Uziel, flétrit ces mœurs corrompues du haut de la chaire avec une grande sévérité. Ses diatribes irritèrent une partie de ceux qu’elles atteignaient; ils sortirent de la communauté, et, sous la direction de David Osorio, ils fondèrent une nouvelle communauté (1618) et choisirent David Pardo comme rabbin.

A côté des Juifs portugais vinrent bientôt s’établir des Juifs allemands, chassés de leurs ghettos par la guerre de Trente ans. Les magistrats d’Amsterdam, défavorables, au début, à i’établissement des Juifs en Hollande, accueillirent les nouveaux venus avec bienveillance. Du reste, les Juifs n’étaient soumis, dans les Pays-Bas, à aucune restriction; on leur interdisait seulement l’accès des emplois publics. Quand la pair eut été conclue entre les Pays-Bas et la Péninsule ibérique, les représentants hollandais en Espagne et en Portugal exigèrent même que leurs compatriotes juifs jouissent, dans ces pays, des mêmes droits que les chrétiens. Comme les Juifs allemands se distinguaient de leurs coreligionnaires portugais par leur langue, leurs manières, leur extérieur moins élégant, par toutes leurs habitudes, ils ne s’associèrent à aucune des communautés déjà existantes, mais formèrent une nouvelle communauté avec un rabbin spécial. Il y eut donc alors à Amsterdam trois communautés portugaises et une communauté allemande.

Sous l’impulsion de Jacob Curiel, qui fut plus tard représentant du Portugal à Hambourg, les trois groupes portugais se fondirent en une communauté unique (1639). C’était alors, certainement, la communauté la plus florissante et la plus considérable que l’on connut, disposant de ressources importantes et jouissant d’une situation particulièrement favorable. Pour répandre la connaissance du judaïsme et de ses doctrines parmi les Juifs d’Amsterdam, les chefs de la communauté organisèrent un établissement d’instruction (Talmud Tora), où, peut-être pour la première fois, l’enseignement juif fut donné d’après un programme déterminé et avec une certaine méthode. Les élèves pouvaient commencer par l’alphabet et s’élever progressivement jusqu’aux études talmudiques les plus ardues. On y enseignait aussi la philologie hébraïque, l’éloquence et la poésie néo-hébraïque. Les classes supérieures étaient dirigées par les principaux rabbins ou hakhamim ; c’étaient, à cette époque, Saül Morteira et Isaac Aboab. Ces deux rabbins formèrent, avec Manassé ben Israël et David Pardo, le premier collège rabbinique d’Amsterdam. De cette école sortirent des élèves qui acquirent une grande réputation, et dont nous mentionnerons, à cause du contraste si vif de leurs tendances, le cabaliste Zaccuto et le célèbre philosophe Baruch Spinoza.

Si les guides religieux de la communauté d’Amsterdam avaient été des esprits vigoureux, hardis et profonds, ils auraient pu, dès cette époque, rajeunir le judaïsme et lui infuser une force nouvelle. Ils exerçaient, en effet, une influence considérable, disposaient d’abondantes ressources et vivaient dans un milieu cultivé et animé des meilleurs sentiments. Les circonstances aussi se seraient admirablement prêtées à d’utiles réformes. Mais les membres du collège rabbinique d’alors manquaient des qualités requise à pour une telle œuvre. David Pardo semble n’avoir eu que peu de valeur. Saül Morteira (1596-1660), qui, comme on l’a vu plus haut, avait accompagné le corps d’Elia Montalto à Amsterdam et y avait été nommé ensuite prédicateur, était un orateur médiocre et se contentait de suivre les voies battues. Isaac Aboab de Fonseca (1606-1693) n’était pas de plus large envergure. Originaire du Portugal. il était venu à Amsterdam avec sa mère et devint un prédicateur influent et aimé. Mais il était de caractère indécis, accessible à toutes les influences, et, par conséquent, sans volonté propre. Il resta pendant de longues années à la tête de la communauté d’Amsterdam, eut à résoudre des questions très sérieuses, mais se montra d’esprit étroit, ne sachant ni comprendre le passé, ni entrevoir l’avenir.

Manassé ben Israël (1604-1657) fut une personnalité plus remarquable. Il avait étudié la bible et le Talmud sous la direction d’Isaac Uziel et en avait acquis une connaissance très sérieuse. Par la force des circonstances il devint polyglotte, ayant appris le portugais dans sa famille, l’hébreu en sa qualité de Juif, le hollandais dans son pays d’adoption, et le latin comme; langue littéraire. Doué d’une grande facilité de parole, il fut nommé prédicateur et réussit dans ces fonctions. C’était aussi un écrivain fécond, et, quoique mort jeune, il a laissé de meilleurs et plus nombreux ouvrages que ses collègues. Il ne se distinguait ni par la profondeur de ses conceptions, ni par un extérieur imposant, mais on l’aimait pour son affabilité, pour ses manières mesurées, bienveillantes et modestes. Tout en connaissant la littérature profane et la théologie chrétienne, il était fermement attaché au judaïsme traditionnel; il croyait même aux élucubrations de la Cabale.

Tels étaient les hommes qui avaient la charge de diriger la jeune communauté d’Amsterdam. Leur autorité était grande. Pour l’administration, ils délibéraient avec des délégués laïques nommés par la communauté. Mais dans les questions religieuses, ils décidaient d’abord seuls, sans le concours des laïques, et leurs décisions avaient force de loi; ils avaient même le pouvoir d’infliger des châtiments spirituels aux membres récalcitrants. Il arrivait parfois que les chefs de la communauté abusaient de leur pouvoir. A l’exemple de l’Inquisition, dont ils avaient pourtant si cruellement souffert, ils déclaraient la guerre à toute hérésie. Les rabbins d’Amsterdam voulaient copier le saint Office.

D’autres communautés juives s’organisèrent sur le modèle de celle d’Amsterdam, mais, au lieu d’imiter seulement sa piété, sa dignité, sa bienfaisance, elles lui empruntèrent aussi ses défauts. Ce fut à Rotterdam, sous l’impulsion des deux frères Abraham et David Pinto, que se forma la deuxième communauté hollandaise; elle mit à sa tète, comme rabbin et directeur de l’école qu’elle avait fondée, un jeune homme du nom de Josia Pardo. A Harlem aussi, les Juifs espérèrent pouvoir organiser nue communauté ; Scaliger et d’autres humanistes les y encouragèrent. Ils en furent empêchés par le parti des intolérants. Par contre, il se forma une communauté de Juifs portugais dans le nord de l’Allemagne.

Hambourg renfermait, en effet, depuis quelque temps déjà, des réfugiés marranes, qui y vivaient comme catholiques sous le nom de marchands portugais et avaient entre leurs mains une grande partie du commerce de la ville. En apprenant que les Marranes d’Amsterdam, avec lesquels ils étaient en relations, pouvaient pratiquer ouvertement le judaïsme, ils observèrent aussi un peu plus librement les rites juifs, tout en faisant encore baptiser leurs enfants. De là, de violentes protestations de la part des bourgeois protestants, qui réclamèrent du sénat l’expulsion de ces Juifs du Portugal. Le sénat, composé de riches commerçants, eut honte de traiter comme vagabonds des hommes qui sa distinguaient par leur intelligence, la noblesse de leurs manières, leur activité, et qui avaient apporté des capitaux considérables à Hambourg. Il y avait mène parmi eux un médecin très aimé et très habile, Rodrigo de Castro (1560-1627 ou 1628), qui, lors d’une épidémie, avait risqué souvent sa vie pour soigner les malades, et jouissait surtout d’une grande réputation comme spécialiste auprès des femmes. Le sénat nia donc d’abord qu’il y eût des Juifs parmi les Portugais, ensuite il avoua qu’il s’en trouvait, effet, quelques-uns. En réalité, cent vingt-cinq Marranes. étaient alors établis à Hambourg, et, parmi eux, dix capitalistes et deux médecins.

Mais le dernier mot, dans cette affaire, appartenait au ministère, c’est-à-dire au clergé luthérien. Or celui-ci était tout aussi intolérant que l’Église catholique. Il se plaignit donc de la bienveillance manifestée par le sénat à l’égard des Juifs portugais. Pour donner satisfaction à l’opinion publique, le sénat sollicita l’avis des Facultés théologiques de Francfort sur Oder et d’Iéna. La Faculté d’Iéna répondit eu sectaire. Elle n’admettait le séjour des Juifs à Hambourg que s’ils ne pouvaient célébrer leur culte ni ouvertement dans les synagogues, ni secrètement dans leurs maisons, et s’il leur était interdit de pratiquer la circoncision, d’employer des domestiques chrétiens et d’occuper un emploi public. Ils devaient également être contraints d’assister aux sermons de prédicateurs chrétiens.

Fort de l’avis des Facultés de théologie, le sénat autorisa les Juifs portugais (février 1612) à s’établir à Hambourg, mais en les soumettant à des lois restrictives. Ils ne pouvaient plus acquérir ni maisons, ni biens-fonds. Exception fut l’aile seulement pour le médecin Rodrigo de Castro. Il leur fut pourtant permis d’enterrer leurs morts dans un cimetière spécial, que quelques familles avaient acquis près d’Altona.

A mesure que les Juifs portugais prirent une place plus importante au milieu des capitalistes et des commerçants de Hambourg, ils rompirent davantage le réseau de restrictions dont on les avait enveloppés. On trouve au moins douze Juifs[1] parmi les fondateurs de la Banque de Hambourg (1619-1623), à laquelle la ville dut en grande partie sa prospérité commerciale. Ce furent aussi les Juifs qui mirent Hambourg en rapports avec l’Espagne et le Portugal. Confiants dans l’influence que leur donnaient les services rendus, ils élevèrent une synagogue (vers 1626), sans tenir compte de la loi qui leur défendait l’exercice public de leur culte, et placèrent le rabbin Isaac Athias, d’Amsterdam, à la tête de leur communauté.

Cette synagogue, toute modeste qu’elle fût, donna lieu à de violentes protestations. Au début de la guerre de Trente ans, l’empereur Ferdinand II reprocha avec véhémence au sénat de Hambourg (1627) d’avoir autorisé la construction d’une synagogue et interdit l’ouverture d’une église catholique. Les luthériens fanatiques aussi protestèrent vivement; ils étaient surtout hantés de cette crainte qu’après s’être montré tolérant envers les Juifs, le sénat ne fût obligé d’accorder la même liberté religieuse aux catholiques et aux calvinistes. Accusés d’avoir transgressé la législation qui les régissait, les Juifs alléguèrent qu’ils n’avaient pas organisé de synagogue, mais un lieu de réunion où ils lisaient le Pentateuque, les Psaumes, les Prophètes, et où ils priaient en même temps pour le salut de la ville et de ses chefs. Le sénat se contenta de cette explication, mais le clergé protestant continua de tonner contre les Juifs du haut de la chaire. Il demanda même qu’on nommât un rabbin chrétien pour prêcher le christianisme aux Juifs dans la synagogue ou dans tout autre local.

Malgré ces attaques, la communauté des Juifs portugais de Hambourg reçut sans cesse de nouvelles recrues et grandit en richesses et en influence. Un de leurs ennemis acharnés, Jean Müller, dont les évidentes exagérations contiennent pourtant une grande part de vérité, dit d’eux : Ils sortent couverts d’or et d’argent, de perles et de pierres précieuses. Aux repas de noce, ils mangent dans de la vaisselle d’argent ; ils se promènent dans de magnifiques carrosses, précédés de cavaliers et accompagnés de nombreux domestiques. La famille Texeira surtout se fanait remarquer par son luxe royal. Le fondateur de cette maison de banque, Diego Texeira de Mattos, était appelé à Hambourg, comme Joseph de Naxos à Constantinople, le riche Juif. Originaire du Portugal, il avait représenté quelque temps l’Espagne en Flandre. A l’âge de soixante-dix ans, il eut le courage de se soumettre à l’opération de la circoncision pour revenir au judaïsme. Grâce à son immense fortune et à ses relations avec la noblesse et le haut commerce, il jouissait à Hambourg d’une très grande considération.

A côté de la communauté portugaise, se fonda aussi à Hambourg une petite communauté allemande, qui organisa un lieu de prières. Ce nouveau scandale irrita profondément les pasteurs luthériens, qui reprirent avec une nouvelle vigueur leurs attaques contre les Juifs. Parmi eux se signala, par la violence de sa haine et son implacable fanatisme, Jean Müller, doyen de l’Église Saint-Pierre, qui ne cessa de réclamer la fermeture des synagogues (de 1631 à 1644). A ses diatribes, le sénat répondit qu’il n’était pas possible (le défendre aux Juifs de prier et chanter des psaumes, qu’eux aussi avaient besoin d’observer une religion, et que, du reste, ils quitteraient la ville avec leurs capitaux, au grand dommage du bien-être général, si leurs synagogues étaient fermées.

Ces raisons ne calmèrent pas la colère du doyen Müller, qui continua ses excitations enflammées contre les Juifs. Il fut soutenu dans sa campagne par les trois Facultés de théologie de Wittemberg, de Strasbourg et de Rostock, qui, sur les instances de Müller, défendirent sévèrement aux malades chrétiens de recourir aux soins de médecins juifs. Ainsi, en plein XVIIe siècle, quand la guerre sanglante de Trente ans démontrait avec une si éclatante évidence la nécessité de la tolérance, des prêtres luthériens voulaient remettre en vigueur contre les Juifs des décisions prises par les conciles du temps des Visigoths ! Les temps étaient heureusement changés. Christian IV, roi de Danemark et du Schleswig-Holstein, le principal appui des protestants après Gustave-Adolphe, celui-là même auquel Müller avait dédié son ouvrage anti-juif, attacha à sa personne comme médecin le juif Benjamin Moussafia.

À Hambourg même, les efforts de Müller restèrent stériles. La bourgeoisie de cette ville entretint avec les Juifs des relations de plus en plus cordiales. Plusieurs d’entre eux représentaient même des princes comme agents commerciaux ou politiques. Le roi de Portugal avait comme agents, à Hambourg, Duarte Nunès da Costa et Jacob Curiel, et le roi catholique Ferdinand IV nomma comte palatin un écrivain juif d’origine portugaise, Immanuel Rosalès.

La communauté d’Amsterdam essaima aussi à l’étranger, elle établit une colonie au Brésil, que les Portugais avaient découvert et peuplé, et surtout dans la ville de Pernambouco. Le gouvernement portugais avait fréquemment expédié dans ce pays des criminels juifs, c’est-à-dire des Marranes qu’il ne voulait pas livrer aux flammes. Ces Marranes, traités comme des voleurs et des assassins, facilitèrent la conquête du Brésil à la Hollande, qui y envola comme gouverneur Jean-Maurice de Nassau (1624-1636). Les Marranes brésiliens se mirent alors en rapport avec les Juifs d’Amsterdam, jetèrent complètement le masque du catholicisme et fondèrent à Pernambouco une communauté sous le nom de Kahal Kados, communauté sainte.

Bientôt, plusieurs centaines de Juifs portugais d’Amsterdam embarquèrent pour le Brésil, soit qu’ils y eussent été appelés, soit de leur propre initiative, pour nouer des relations avec ce pays. Ils se firent accompagner par le hakham Isaac Aboab da Fonseca (1642). Ce fut le premier rabbin brésilien. A Tantarica aussi s’organisa une communauté juive, qui plaça à sa tête le rabbin Jacob Lagarto, le premier écrivain talmudique de l’Amérique du Sud.

Les Juifs du Brésil jouissaient des mêmes droits que les autres habitants et étaient très estimés des Hollandais, auxquels ils rendaient des services comme conseillers et comme soldats. Lors d’une conspiration ourdie par les Portugais indigènes pour tuer les fonctionnaires hollandais et rendre le pays à ses anciens maîtres, un Juif dénonça le complot aux Hollandais. Quand, plus tard (1646), la guerre éclata entre les Portugais et les Hollandais et que Pernambouco, assiégé et souffrant de la faim, fut sur le point de se rendre, le gouverneur fut encouragé par les Juifs à persister dans sa résistance.

En France aussi, des Marranes vinrent chercher un refuge contre les violences et les persécutions de l’Inquisition. Ils n’y purent d’abord vivre que déguisés en chrétiens, quoique plusieurs d’entre eux fussent parvenus à de hautes situations comme médecins, jurisconsultes ou écrivains[2]. À Bordeaux pourtant, ils n’étaient pas rigoureusement surveillés. Comme leurs capitaux et leur expérience des affaires contribuaient à la prospérité de la ville et que la municipalité voyait leur séjour d’un très bon œil, Henri II les autorisa (1650), sous le nom de nouveaux chrétiens, à demeurer à Bordeaux et à s’y adonner au négoce. Extérieurement ils se conduisaient en chrétiens faisant baptiser leurs enfants, se mariant avec le concours de prêtres chrétiens et portant des noms chrétiens. Mais en secret ils pratiquaient le judaïsme. Ce fut miracle que, malgré les dénonciations des fanatiques, ils échappèrent aux massacres de la Saint-Barthélemy. En 1636, Bordeaux comptait deux cent soixante Marranes. Il y eut aussi une petite communauté marrane à Bayonne et dans d’autres localités. Cinquante ans plus tard, Louis XIV permit aux nouveaux chrétiens de se déclarer ouvertement Juifs.


Date de création : 03/02/2009 - 15:38
Dernière modification : 17/02/2009 - 15:22
Catégorie :
Page lue 3599 fois


Imprimer l'article Imprimer l'article


Utilisez la librairie
  • En achetant vos livres, disques, DVD sur amazon.fr ou sur Kodeshonline (librairie spécialisée en Judaïsme), vous contribuez directement à l’entreprise d’information et de culture d’Histoire des Juifs.com.
  • Merci d’utiliser amazon.fr et Kodechonline.com en passant par les banderoles ci-dessous.




Recherche
Recherche personnalisée


Visites

   visiteurs

   visiteurs en ligne

^ Haut ^